Le président des Etats-Unis Donald Trump a été acquitté mercredi par le Sénat à l'issue d'un procès en destitution historique qui a jeté une lumière crue sur les fractures de l'Amérique sans jamais faire vaciller sa base électorale.

Sa mise en accusation restera comme une tache indélébile sur un mandat truffé de scandales. Avant lui, seuls deux de ses prédécesseurs, Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, avaient connu une telle avanie.

Mais son procès a montré que l'ancien homme d'affaires de New York pouvait compter sur un parti républicain aux ordres, un atout de taille à neuf mois d'une élection où il briguera un second mandat de quatre ans.

Cette victoire politique a cependant été assombrie par la défection d'un élu républicain de premier plan: Mitt Romney, candidat malheureux à la Maison Blanche en 2012.

Ce revers est douloureux pour un président très sensible à son image qui s'enorgueillit d'avoir rassemblé le "Grand Old Party" derrière lui. Déception supplémentaire pour le magnat de l'immobilier: tous les élus démocrates ont, eux, fait bloc contre lui.

Lors d'un vote solennel suivi en direct à la télévision par des dizaines de millions d'Américains, le Sénat a estimé, par 52 voix sur 100, que Donald John Trump, 45e président de l'histoire, ne s'était pas rendu coupable d'abus de pouvoir. Par 53 voix sur 100, il a également estimé qu'il ne s'était pas rendu coupable d'entrave à la bonne marche du Congrès.

La Constitution des Etats-Unis impose une majorité des deux tiers (67 sièges sur 100) pour destituer un président.

Avant même le vote, la guerre des formules avait été engagée sur les leçons à tirer de cette procédure exceptionnelle.

Donald Trump a été "acquitté pour toujours", clame la Maison Blanche. Donald Trump a été "mis en accusation pour toujours", rétorquent les démocrates.

- 49% d'opinions favorables -

L'opposition reproche au 45e président des Etats-Unis d'avoir utilisé les moyens de l'Etat, notamment une aide militaire validée par le Congrès, pour tenter de forcer l'Ukraine à "salir" son possible adversaire à la présidentielle Joe Biden.

Depuis que le scandale a éclaté, l'hôte de la Maison Blanche se dit victime d'une chasse aux sorcières orchestrée par ses adversaires qui n'auraient pas digéré sa victoire surprise de 2016.

La stratégie semble avoir, au moins en partie, porté ses fruits: selon le dernier sondage de l'institut Gallup, il enregistre 49% d'opinions favorables, un record depuis son arrivée au pouvoir.

Moins de 24 heures avant le vote du Sénat, Donald Trump avait vanté mardi soir, devant le Congrès réuni au grand complet, ses résultats "incroyables" dans un discours aux accents de meeting de campagne.

"Contrairement à tant d'autres avant moi, je tiens mes promesses", avait-il lancé, sans cesse coupé par les ovations debout et les "USA, USA" des républicains.

Dans cette même Chambre des représentants qui l'a mis en accusation le 18 décembre, il a brassé tous les thèmes à venir pour le scrutin du 3 novembre: la lutte contre l'immigration illégale ou l'avortement, "la grande réussite économique" des Etats-Unis...

- Discours déchiré -

A aucun moment, l'"impeachment" n'a été évoqué. Mais l'ombre du procès, qui a marqué une rupture définitive entre les trumpistes et les démocrates, planait sur l'hémicycle. Les élus de l'opposition se sont le plus souvent abstenus d'applaudir, certains ont boycotté l'événement, d'autres sont partis au milieu de son discours.

Donald Trump a lui ostensiblement évité de serrer la main à la chef démocrate de la Chambre Nancy Pelosi. Une fois l'allocution finie, cette dernière a déchiré dans un geste spectaculaire sa copie du discours.

Au-delà de Washington, le procès divise autant les Américains que leurs élus: 85% des électeurs démocrates soutiennent la destitution du président, moins de 10% des républicains sont pour, et la moyenne s'établit légèrement au-dessous de 50%.

Son impact sur les élections est donc difficile à prédire, mais Donald Trump se dit convaincu que les électeurs pénaliseront les "démocrates-qui-ne-font-rien".

Les démocrates ont averti: ils n'en resteront pas là.

L'élu Jerry Nadler a fait savoir mercredi que la Chambre convoquerait "probablement" l'ex-conseiller de la Maison Blanche John Bolton une fois le procès fini. Il semble détenir des informations embarrassantes pour Donald Trump mais les sénateurs républicains ont refusé de l'entendre pendant le procès.