Des affrontements ont éclaté vendredi à New Delhi entre des centaines d'agriculteurs et des opposants à leur mouvement de protestation qui affecte la capitale indienne depuis plus de huit semaines.

La police a lancé des gaz lacrymogènes et tenté de disperser les groupes rivaux à coups de bâton. Un policier a été blessé à la main par un agriculteur qui brandissait une épée, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Des hommes masqués, criant "abattez les traîtres", ont attaqué les agriculteurs, bousculant les cordons de police et les barricades en acier.

Ces heurts sont survenus dans le contexte des protestations qui se poursuivent depuis deux mois contre des réformes visant à libéraliser les marchés agricoles, une épreuve de force devenue le plus grand défi du Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 2014.

Des dizaines de milliers d'agriculteurs, pour la plupart venus de l'Etat du Penjab (nord), campent depuis novembre sur les principaux axes routiers aux portes de la capitale.

La tension est montée d'un cran mardi, jour de la fête nationale, lorsque des milliers de manifestants sur des tracteurs sont entrés dans Delhi avant de prendre d'assaut l'emblématique Fort rouge. Un agriculteur a été tué quand son tracteur s'est accidentellement retourné, et près de 400 policiers ont été blessés.

Le gouvernement a depuis déployé des milliers de policiers et de paramilitaires en renfort à New Delhi et autour des campements.

Des groupes locaux ont estimé que les agriculteurs devraient partir, alors que les meneurs du mouvement ont assuré que la contestation se poursuivrait.

"Lorsque nous n'aurons plus de terre, que nous ne pourrons plus rien cultiver, alors nous mourrons de toute façon", a déclaré Bhagwant Singh, un agriculteur de 53 ans.

"Au moins si on meurt pendant qu'on proteste, on sera des martyrs. Nous nous battrons et nous mourrons pour les droits des gens dans ce pays", a-t-il ajouté.

- Générateurs et citernes -

Les autorités ont coupé le courant et l'eau d'un camp de protestataires à Ghazipour, mais des centaines d'agriculteurs supplémentaires sont arrivés pendant la nuit sur des tracteurs pour renforcer le mouvement.

Les protestataires s'opposent à des réformes visant à libéraliser les marchés agricoles, régulés depuis des décennies par des organismes d'Etat avec des prix minimum garantis. Ils estiment que la réforme permettra aux conglomérats indiens de contrôler l'industrie agro-alimentaire.

Le poids du secteur agricole dans le pays est considérable, assurant la subsistance de près de 70% de 1,3 milliard d'habitants, et contribuant à environ 15% du PIB.

Le président Ram Nath Kovind a affirmé lors de l'ouverture d'une session parlementaire sur le budget au parlement que l'attaque du Fort rouge mardi était "une insulte" au drapeau national.

Mais les partis d'opposition ont boycotté son discours, signe de l'aggravation des divisions politiques provoquée par cette affaire.

Les syndicats d'agriculteurs indiens ont renoncé à une marche à New Delhi prévue jusqu'au Parlement le 1er février, lorsque le parlement y présentera le budget, à la suite des violences, mais ont réaffirmé leur détermination à maintenir les camps autour de la capitale.

Leurs chefs y ont apporté des générateurs électriques, et le gouvernement régional de Delhi, contrôlé par un parti de l'opposition, leur a fourni des citernes d'eau.

Certains des nouveaux arrivés ont affirmé avoir été encouragés par une vidéo émouvante de Rakesh Tikait, l'un des dirigeants des agriculteurs sous le coup d'une enquête de la police à la suite des troubles et de l'assaut contre le Fort rouge.

Dans la nuit, les agriculteurs ont tapé avec des ustensiles sur des pots, s'encourageant mutuellement à rester réveillés de peur d'une attaque de la police.

"Le gouvernement va essayer de faire dérailler le mouvement de protestation, à travers des mensonges et des sottises", a affirmé Sukhdev Singh, âgé d'une trentaine d'années. Selon lui, les familles des agriculteurs au Penjab sont inquiètes mais veulent qu'ils poursuivent leur mouvement.

"Nous ne bougerons pas d'ici jusqu'à ce que les lois soient retirées, que cela prenne un jour, un mois, une année ou même dix", a-t-il assuré.