Rafal Trzaskowski, europhile et homme politique libéral habile au sourire charmeur, membre de la principale force de l'opposition polonaise, s'est forgé en un temps express une stature de potentiel vainqueur de l'élection présidentielle en Pologne.

Ayant rejoint la course électorale au dernier moment, après l'ajournement du scrutin dû au coronavirus et le désistement la précédente candidate de la Plateforme civique (PO, centre), le maire de Varsovie a de réelles chances de se retrouver au deuxième tour face au président conservateur sortant Andrzej Duda, qui brigue sa réélection.

Rafal Trzaskowski, 48 ans, est fils d'un des pionniers du jazz dans les années 1950, considérée alors par le régime communiste comme une musique "ennemie".

Diplômé de l'Institut des relations internationales de l'Université de Varsovie et du Collège de l'Europe, Rafal Trzaskowski a été boursier à Oxford, puis à Paris.

Son mémoire de thèse, consacré à la dynamique des réformes du système de la prise de décision dans l'UE, lui vaut le titre de docteur ès sciences humaines en 2004 à l'Université de Varsovie.

Rafal Trzaskowski entre dans la politique par la petite porte en 1989 en séchant les cours au lycée pour aller travailler comme bénévole sous les couleurs du mouvement démocratique Solidarité, lors des premières élections libres en Pologne qui ont scellé la chute du communisme.

Onze ans plus tard, il rejoint le Bureau du Comité pour l'intégration européenne de la Pologne à Bruxelles, avant de devenir conseiller de la délégation de la PO au Parlement européen.

En 2009, il devient lui-même eurodéputé, puis en 2013 ministre de l'Administration et du numérique, et enfin l'année suivante vice-ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Donald Tusk, le futur chef du Conseil européen.

- "Campagnes de dénigrement" -

En octobre 2018, cet homme élégant aux yeux et cheveux bruns, au sens du mot juste, remporte haut la main la course à la mairie de Varsovie, battant dès le 1er tour son rival du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS, au pouvoir).

Dans un post autobiographique un brin provocateur publié alors sur Facebook, il décrit avec l'humour son histoire et celle de sa famille, avouant son penchant pour les vieux livres et reconnaissant d'avoir "rarement" fumé de la marijuana dans sa jeunesse. Le post est destiné à "tous les 'haters' du PiS", pour les aider dans leurs "campagnes de dénigrement", a-t-il alors expliqué.

Dans le même texte, il "avoue" aussi avoir été parmi les boursiers de George Soros, milliardaire américain d'origine juive, né en Hongrie, ennemi imaginaire numéro un des populistes à travers le monde. Il s'y qualifie aussi de "philosémite".

Elu maire de Varsovie, il signe une "Déclaration LGBT+" sur la protection des minorités sexuelles, provoquant l'ire de la droite conservatrice qui a fait de la lutte contre "l'idéolgie LGBT" un des fers de lance de ses campagnes politiques successives.

Ses détracteurs lui reprochent un bilan mitigé à la tête de la capitale polonaise.

Récemment, la chaîne de télévision publique TVP, transformée par les conservateurs en tube de la propagande gouvernementale, lui a reproché d'agir au détriment de l'intérêt national, lui qui n'exclut pas l'idée d'entretiens avec des organisations juives internationales au sujet d'éventuels restitutions des biens juifs en Pologne.

Ayant travaillé comme interprète et enseignant d'anglais, il parle quatre autres langues étrangères: français, italien, russe et espagnol.

Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur par la France.

Marié depuis près de 20 ans, il a deux enfants, Aleksandra et Stanislaw. Sa femme est diplômée de l'Académie technique de Cracovie AGH. Pendant plusieurs années, elle a travaillé à la mairie de Varsovie avant de quitter son poste quand son mari en a pris la tête.