Le président américain Joe Biden a fait bombarder une position de miliciens pro-iraniens en Syrie vendredi avant l'aube, en signe d'avertissement après une série d'attaques antiaméricaines en Irak.

Le président "envoie un message sans ambiguïté selon lequel il va agir pour protéger les Américains et selon lequel quand il y a des menaces, il a le droit d'agir au moment et de la façon de son choix", a déclaré la porte-parole de l'exécutif américain, Jen Psaki.

Deux bombardiers F15 ont largué sept bombes à guidage de précision sur un complexe utilisé par les milices pro-iraniennes près de Boukamal, non loin de la frontière entre l'Irak et le nord-est syrien, détruisant totalement neuf bâtiments et partiellement deux autres, a précisé le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

Selon lui, ce complexe est "connu" pour faciliter les opérations des factions irakiennes Kataëb Hezbollah et Kataëb Sayyed al-Chouhada, membres de la puissante coalition de paramilitaires du Hachd al-Chaabi, intégrée à l'Etat irakien depuis des mois.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a indiqué qu'"au moins 22 combattants de milices irakiennes pro-Iran ont péri, tous membres du Hachd al-Chaabi".

M. Kirby s'est quant à lui abstenu de donner un bilan. "Nous avons des informations préliminaires faisant état de victimes sur les lieux", a-t-il simplement déclaré.

Le régime syrien, dont le pays est dévasté par la guerre depuis 10 ans, a fustigé une "agression" qui "constitue un signe de mauvais augure pour les politiques de la nouvelle administration américaine", mettant en garde contre une "escalade".

Ces frappes interviennent dans un contexte de tensions entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien.

- "Dissuasion" -

La position officielle du Pentagone est que cette frappe était "préventive". "Tous ces bâtiments se trouvaient au sein d'un complexe utilisé par ces groupes pour faciliter le transport vers l'Irak de ressources, de matériel, d'armes pour mener ces attaques", a assuré M. Kirby.

"Nous voulons qu'il y ait un message de dissuasion, qui leur soit directement envoyé, sur les répercussions qu'ont les attaques contre nos hommes et nos partenaires irakiens sur nos bases en Irak", a-t-il souligné, alors que ces deux dernières semaines, trois attaques à la roquette ont visé des intérêts occidentaux en Irak, faisant deux morts et plusieurs blessés.

Ces tirs ont été attribués à Kataëb Hezbollah par les Etats-Unis qui avaient fait savoir que l'Iran serait tenu "responsable des actions de ses affidés qui attaquent des Américains" en Irak.

Dans un communiqué, Kataëb Hezbollah a dénoncé une "agression barbare" et fait état de la mort d'un de ses combattants, assurant que celui-ci était "stationné à la frontière syro-irakienne" dans le cadre de la lutte contre l'EI.

Des milices irakiennes pro-Iran sont engagées depuis plusieurs années au côté du régime de Bachar al-Assad. Elles sont notamment implantées dans l'Est où les transferts d'armes transfrontaliers sont monnaie courante. Leurs positions sont aussi la cible de frappes imputées à Israël, grand ennemi de Téhéran.

Le Hachd al-Chaabi a été déployé du côté irakien de la frontière poreuse avec la Syrie depuis l'annonce en 2017 de la victoire de l'Irak contre l'EI. Le Hachd dément agir hors d'Irak mais certaines factions qui en sont membres combattent -- en leur nom propre -- au côté du régime syrien.

L'Iran a condamné "fermement" ces attaques "illégales". Ces raids à l'initiative "de la nouvelle administration américaine risquent d'intensifier les conflits et de déstabiliser davantage la région", a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh.

- "Régler des comptes" -

La Russie, alliée du régime syrien, a condamné les frappes américaines et rejeté toute tentative "de transformer la Syrie en arène pour régler des comptes".

En Irak, le ministère de la Défense a nié toute coordination avec Washington au sujet des frappes.

Mais le porte-parole du Pentagone a assuré que le gouvernement irakien avait bien donné des informations à Washington liant ces milices pro-iraniennes aux récentes attaques antiaméricaines.

"C'était du travail d'équipe", a déclaré M. Kirby. "Il y a eu du bon travail en termes de renseignement, ce qui a conduit au succès de ces frappes."

Ces raids apparaissent comme un avertissement à l'Iran, peut-être tenté d'augmenter sa marge de manoeuvre en cas de négociations avec Washington pour relancer l'accord de 2015 censé encadrer le programme nucléaire iranien.

La France a apporté son soutien aux Etats-Unis. "Face à ces attaques inacceptables et que nous avons fermement condamnées, nous nous tenons aux cotés de nos alliés américains", a-t-on indiqué au Quai d'Orsay.

Côté israélien, le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu a affirmé dans une déclaration publiée vendredi: "Tant que je serai Premier ministre, l'Iran n'aura pas l'arme nucléaire. Je ferai tout pour empêcher cela, et je l'ai dit aussi au président Biden. Accord ou pas accord."

L'Iran dément chercher à fabriquer l'arme nucléaire.

Fin 2019, l'armée américaine a frappé cinq bases en Irak et en Syrie des Kataëb Hezbollah, après la mort d'un Américain dans une attaque en Irak.

Le conflit syrien, déclenché par la répression de manifestations pro-démocratie, s'est complexifié avec l'implication de factions armées et de puissances étrangères, et la montée en puissance des jihadistes. La guerre a fait plus de 387.000 morts.