Relancé par sa nette victoire à la primaire de Caroline du Sud samedi, Joe Biden s'est plus que jamais posé dimanche en alternative à Bernie Sanders et a mis en doute la capacité de son rival démocrate à rassembler.

Après avoir déçu lors des trois premiers scrutins en Iowa, dans le New Hampshire et le Nevada, l'ancien vice-président de Barack Obama a finalement réussi à stopper l'hémorragie samedi, réunissant quasiment la moitié des suffrages exprimés (48,4%), plus du double de Bernie Sanders (19,9%), deuxième.

"C'est un gros coup de fouet pour nous", s'est félicité Joe Biden dimanche sur la chaîne câblée CNN, un peu plus de 48 heures avant la primaire géante du "Super Tuesday", qui verra les démocrates de 14 Etats choisir celui qu'ils veulent voir défier Donald Trump le 3 novembre.

Plus d'un tiers des délégués (environ 34%), qui choisiront le candidat du parti lors de la convention démocrate, mi-juillet, seront désignés mardi.

"Ca marque le début d'un come-back", a estimé, sur la chaîne Fox, le septuagénaire qui fut longtemps le super favori au sein des démocrates avant d'être rattrapé, puis dépassé, par Bernie Sanders. "C'est un marathon."

Les autres candidats distancés, Joe Biden affronte mardi un adversaire qui a levé quasiment le double du montant récolté par son équipe de campagne (134 millions de dollars contre 70) et dispose d'un réseau de terrain inégalé chez les démocrates.

Pour amplifier son élan, celui qui fut sénateur du Delaware de 1973 à 2009 est reparti à la charge contre son principal concurrent, dont le programme trop à gauche, selon lui, risque d'échauder une part importante des électeurs.

"Il aura beaucoup de mal à garder la majorité à la Chambre des représentants et à faire basculer le Sénat", aujourd'hui à majorité républicaine, a déclaré Joe Biden sur la chaîne ABC.

"Il ne s'agit pas de rendre vie à l'âme du parti démocrate mais de reconstituer l'unité de ce pays", a-t-il ajouté, "de tout le pays."

Mal positionné dans de nombreux Etats importants en jeu mardi, notamment la Californie et le Texas, Joe Biden s'est projeté plus loin que la primaire démocrate.

Il a ainsi mis en avant sa capacité à rassembler au-delà de la base démocrate dans des Etats qui balancent entre les deux grands partis, comme la Géorgie ou la Floride.

"Je peux aller dans les Etats en balance et gagner", a soutenu Joe Biden.

- "Pas de révolution" -

"Pour battre Trump, nous allons avoir besoin de la plus forte participation de l'histoire de ce pays", a répliqué Bernie Sanders, sur ABC. "Et je ne crois pas que ce soit faisable si vous n'avez pas un message qui résonne au sein de la classe ouvrière et des classes moyennes."

"Les gens ne veulent pas d'une révolution", a martelé l'ancien vice-président de 77 ans, en référence aux mesures radicales proposées par Bernie Sanders. "Ils veulent des résultats."

"L'essentiel de ce qu'il propose est une chimère", a estimé Joe Biden, reprenant l'estimation de 60.000 milliards de dollars sur 10 ans que coûterait son programme.

L'ancien sénateur du Delaware a aussi repris à son compte les critiques de plusieurs démocrates, notamment Hillary Clinton, selon lesquelles Bernie Sanders "n'a pas un très bon bilan (à la Chambre des représentants) et au Sénat".

Dépassé en fonds et en troupes par Bernie Sanders, Joe Biden voit aussi se présenter la menace Michael Bloomberg, qui a déjà dépensé plus de 500 millions de dollars en publicité de campagne, du jamais vu.

L'ancien maire de New York a encore acheté trois minutes consécutives d'espace publicitaire en prime time sur les grandes chaînes nationales CBS et NBC pour délivrer, dimanche soir, un message sur le coronavirus, créant un nouveau précédent dans l'histoire politique américaine.

"L'argent peut vous permettre d'acheter beaucoup de choses, mais pas de faire oublier ce que vous avez fait", a dit Joe Biden dimanche sur Fox, "ou faire de vous ce que vous n'êtes pas."

"Le parti démocrate veut un démocrate", a lancé Joseph Robinette Biden Jr, de son nom complet. "Pas un socialiste, pas un ancien républicain. Un démocrate, pour être leur candidat et rassembler le pays, ce que j'ai fait durant toute ma carrière."