Angela Merkel et Emmanuel Macron ont pressé lundi les pays européens, en particulier les "frugaux", de parvenir dès le sommet européen de juillet à un accord sur la relance de l'UE, fragilisée par la pandémie de coronavirus.

"Nous sommes confrontés à des défis économiques que nous n'avons jamais connus depuis des décennies, et sans doute dans toute l'Histoire", a lancé la chancelière, qui a reçu le président français au château de Meseberg, près de Berlin, à l’aube d'une présidence allemande de l'Union européenne qui s'annonce décisive.

"Nous espérons que nous allons trouver une solution (dès le conseil européen des 17 et 18 juillet), même si le chemin est encore long", a fait valoir la dirigeante lors d'une conférence de presse commune.

Il s'agira du premier sommet physique depuis les mesures de confinement mises en place en mars pour faire face à la pandémie de coronavirus qui ont fait plonger l'économie du Vieux Continent dans une récession historique.

- Virage -

Il portera sur l'adoption du plan de relance de 750 milliards d'euros proposé par la Commission européenne.

Cette proposition est adossée au budget à long terme de l'Union européenne (2021-2027) d'un montant de 1.100 milliards d'euros.

Le couple franco-allemand avait lui-même promu un plan de 500 milliards d'euros financé par des dettes européennes mutualisées. Un virage à 180 degrés de la part de la dirigeante allemande, mise en cause pour son intransigeance à l'égard d'une Grèce proche de la banqueroute en 2011.

La chancelière pourrait ainsi "se servir de cette présidence pour façonner un héritage", selon un diplomate européen, évoquant son "chant du cygne".

Mme Merkel, au pouvoir depuis 15 ans, a prévu en effet de quitter la chancellerie fin 2021.

Souvent accusée de manque de courage politique, elle vient pourtant de briser un tabou allemand en matière de solidarité avec ce système d'emprunts mutualisés.

Mais le plan de relance de l'UE, comme l'initiative franco-allemande, se heurte à l'opposition des pays dits "frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Suède et Danemark).

"S'il y a des Etats encore sceptiques, tout le monde est d'accord pour qu'on sorte plus fort de cette crise", veut croire Mme Merkel.

Le président français a lui mis en garde ces quatre pays, qui n'ont selon lui pas d'"intérêt" à bloquer la relance européenne.

"Les fameux pays frugaux, ce sont des pays qui sont bénéficiaires nets du fonctionnement du marché unique, participer à un espace commun leur rapporte beaucoup plus qu'à d'autres", a souligné M. Macron.

"Nous sommes arrivés à un moment de vérité pour l'Europe", a-t-il résumé, à deux jours de la présidence allemande, pour six mois, de l'UE.

Du "Green Deal" de la Commission européenne au Brexit, en passant par la question migratoire ou les relations avec la Chine et les Etats-Unis, les chantiers ne manqueront pas, à partir du 1er juillet, pour la chancelière.

Elle n'avait plus assuré la présidence tournante de l'UE depuis 2007.

L'enjeu est de taille, le succès de cette présidence tournante, voire l'avenir de l'Union européenne, se jouant dans les prochaines semaines, selon Berlin et Paris.

Ne pas adopter le plan de relance "aggraverait tous les problèmes" en nourrissant le populisme, a mis en garde la chancelière samedi dans une interview accordée à des journaux européens.

- "No deal" dévastateur -

Mais un autre gros morceau attend l'UE, avec des négociations post-Brexit dans l'impasse.

Sorti de l'UE le 31 janvier, le Royaume-Uni négocie désormais avec Bruxelles pour tenter d'établir une relation commerciale avantageuse avec le bloc européen à la fin de la période de transition s'achevant à la fin de l'année.

Les discussions n'ont pas permis de réelles avancées, faisant craindre un "no deal" potentiellement dévastateur pour l'économie.

Mme Merkel ne cache pas non plus qu'elle entend voir l'Europe assumer "plus de responsabilités" à l'échelle mondiale face aux "blocs" chinois et américain.