Rémi Fraisse: les gendarmes ont mis en cause une grenade dès le début

Publié le à Toulouse (AFP)

Les gendarmes se doutaient dès le début que la mort du manifestant Rémi Fraisse, le 26 octobre, était due à une grenade des forces de l'ordre, indiquent des documents publiés mercredi par Le Monde et Mediapart, ce qui contredit les premières déclarations officielles.

"Il est décédé, le mec... Là, c?est vachement grave... Faut pas qu?ils le sachent...", a déclaré un gendarme, quelques minutes après que le corps inerte de Rémi Fraisse eut été récupéré sur le chantier du barrage contesté de Sivens (Tarn), selon un procès-verbal cité par Le Monde.

Cette phrase, prononcée à 2H03, suit de peu le tir d'une grenade offensive, entre 1H40 et 1H50, en direction de quatre à cinq jeunes, dont Rémi Fraisse, qui jetaient des pierres et des mottes de terre, selon le PV du 29 octobre où sont retranscrits les propos entendus sur les films réalisés par les gendarmes lors des affrontements entre opposants et forces de l'ordre.

Le site Mediapart, citant le journal de bord du Groupement tactique gendarmerie (GTG), ajoute que les gendarmes ont indiqué à 01H45 "Un opposant blessé par OF" (grenade offensive), puis, à 01H59, "Opposant blessé serait décédé. Hémorragie externe au niveau du cou".

Selon le PV de la Section de recherches (SR) de Toulouse cité par Le Monde, des gendarmes voient tomber le jeune botaniste de 21 ans après l'explosion de la grenade et, au milieu des cris, l'un d'eux tente de se rassurer: "C'est bon, il va se relever!" Mais le jeune militant ne se relève pas et, à 2H00, un peloton sort récupérer Rémi Fraisse au sol.

A 2H03, un gendarme s'écrie: "Il est décédé, le mec... Là, c?est vachement grave... Faut pas qu'ils le sachent...", selon le PV.

Le service de communication de la gendarmerie, interrogé par Le Monde, assure que le "ils" faisait référence aux manifestants et au fait qu'il fallait éviter qu'ils redoublent d'ardeur en apprenant la mort.

- 'Pas une bavure' -

Réagissant aux informations du Monde, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a promis "une transparence totale".

"La justice a été saisie dès le dimanche matin pour que la transparence soit totale... Et vous ne pourrez pas dire que le gouvernement était au courant et qu'il n'a rien dit", a assuré Stéphane Le Foll.

"Il y a eu un communiqué du ministre de l'Intérieur dès le dimanche matin qui fait état du décès d'un jeune dans le cadre d'événements qui s'étaient passés dans la nuit", a-t-il déclaré. "Cela a été dit. Il n'y a pas à y avoir de discussion", a-t-il insisté.

Dans un communiqué très bref diffusé le 26 octobre au matin, la préfecture du Tarn avait annoncé simplement que "le corps d'un homme (avait) été découvert par les gendarmes", laissant suggérer que cela ne s'était pas passé lors d'affrontements avec les forces de l'ordre.

Peu après cependant, des opposants avaient certifié le contraire.

Selon le décompte officiel cité par Mediapart, les gendarmes ont tiré cette nuit-là plus de 700 grenades, dont 42 offensives.

Selon Mediapart, le commandant du groupement de gendarmes mobiles de Limoges, qui opérait à Sivens le 26 octobre, a déclaré sur PV que le préfet du Tarn leur avait demandé "une extrême fermeté".

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a cependant assuré mercredi avoir donné "des instructions contraires".

Ce même dimanche 26 octobre, le procureur d'Albi, Claude Dérens, avait assuré qu'il était "impossible" de déterminer les causes du décès.

Le lien avec le tir d'une grenade explosive ne sera officiellement fait que deux jours plus tard quand le même procureur annonce la découverte sur les vêtements de Rémi Fraisse d'explosifs entrant dans la composition de grenades offensives.

Mais les circonstances de la mort ont été connues dès les minutes qui ont suivi le tir de grenade, avait déjà récemment affirmé l'avocat de la famille Fraisse, Arié Alimi.

Le président François Hollande, qui a promis toute la lumière sur les faits, doit "dès maintenant" s'expliquer "sur la décision qui a été prise de ne pas révéler la vérité pendant les premières 48 heures", a "une nouvelle fois" demandé mercredi la secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse.

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