Les Français sont rentrés chez eux mardi à midi entamant un confinement de deux semaines au moins, inédit dans l'histoire du pays, pour tenter, comme l'ont fait l'Italie ou l'Espagne, d'enrayer l'épidémie de coronavirus comparée à une guerre à mener par Emmanuel Macron.

L'ensemble de la population est appelée à rester chez elle sous peine d'amendes, à quelques rares exception près concernant notamment les personnels de santé et les forces de l'ordre.

A l'issue d'un Conseil des ministres spécial, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé le déploiement de 100.000 policiers et gendarmes pour faire respecter ces mesures et appelé les Français à se comporter en "alliés de guerre" en respectant "un mot d'ordre qui sauve des vies: restez chez vous".

Le pays a ainsi basculé dans une phase totalement nouvelle, assortie de mesures drastiques comme la suspension des parloirs dans les prisons, décrétées à la mi-journée et la fermeture du sanctuaire catholique de Lourdes, "pour la première fois de son histoire".

"Nous sommes en guerre" a martelé lundi soir le chef de l'Etat, suivi par 35 millions de téléspectateurs, pour insister sur la gravité de la situation. Le Premier ministre Edouard Philippe devait reprendre la parole "depuis Matignon" sur France 2, mardi à 20H00.

Alors que la matinée a été encore frénétique dans les supermarchés et les gares des grandes villes, abandonnées par tous ceux qui en avaient la possibilité et avant la réduction du nombre de trains en circulation, les rues des principales métropoles ont été brusquement plongées dans le silence à l'approche de l'heure fatidique.

A 14h00, Paris présentait son visage du 15 août, déserté et silencieux. Seuls les boulangeries, les pharmacies et les supermarchés et supérettes avaient encore de la lumière mais peu de clients aux caisses. La présence policière était encore discrète.

- Science fiction -

Le même silence s'est emparé des grandes villes. Partout les parcs et jardins ont fermé leurs grilles pour ne pas tenter les familles d'y aérer les gamins confinés.

Peu avant midi, le gardien du parc du Hautmont à Mouvaux (Nord), ville de 13.000 habitants de la métropole lilloise, a ainsi fermé l'aire de jeux, malgré le beau soleil: "Ce matin encore, il y avait là une quinzaine d'enfants. Le toboggan est en métal, on sait que le virus reste longtemps sur cette matière. Les gens doivent comprendre qu'il ne faut pas rester groupés".

Dans les prisons, les parloirs sont suspendus pour les familles et proches des détenus à parti de mercredi: "Il ne s'agit là que d'une mesure provisoire destinée à éviter la propagation du virus et protéger l'ensemble de la population", a insisté la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Cependant, les promenades sont maintenues entre les murs, indispensable bouffée d'air.

Avec 1.210 nouvelles contaminations et 21 décès en 24 heures, le bilan officiel en France a atteint les 148 morts et 6.633 cas depuis le début de l'épidémie, selon le dernier bilan lundi soir. Sachant qu'il y avait dimanche soir environ 400 patients en état grave, et que le chiffre officiel des malades ne prend pas en compte ceux qui ne présentent pas de symptômes aigus.

L'Agence du médicament a annoncé mardi des restrictions sur la vente du paracétamol, préconisé pour combattre les symptômes de l'infection: dès mercredi une seule boite sera délivrée par client en pharmacie, deux en cas de maladie et la vente sera suspendue en ligne.

La fédération française de l'industrie pharmaceutique (Leem) a pourtant tenu à rassurer et affirmé qu'"aucune pénurie" de médicaments "n'est à déplorer à ce jour".

- Situation "très tendue" -

Face à la propagation exponentielle du coronavirus, toutes les personnes qui circuleront devront être "en mesure de justifier leur déplacement" a souligné M. Castaner, au risque de se voir infliger une amende actuellement de 38 euros.

Les déplacements tolérés sont ceux entre domicile et travail quand c'est absolument nécessaire, pour aller faire ses courses, pour raisons de santé, ou encore pour "motif familial impérieux ou l'assistance de personnes vulnérables", a détaillé le ministre.

"On est partis sur au moins deux semaines de confinement collectif, on sait que c'est une période qui est nécessaire pour bloquer la circulation du virus", et "si dans 15 jours nous voyons que la situation s'est suffisamment apaisée et que nous pouvons lever tout ou partie des mesures de confinement, nous le ferons", a affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran.

Le confinement a été décrété par les autorités pour ménager les hôpitaux: la situation est "très tendue" dans certaines régions comme le Grand Est, a reconnu M. Véran. D'où des mesures comme le déploiement d'un hôpital de secours par l'Armée en Alsace ou l'envoi d'hélicoptères pour transférer certains malades vers d'autres sites afin de décharger les hôpitaux qui sont au bord de la saturation.

Dès mardi, un appel à exprimer son soutien aux personnels hospitaliers circulait sur les réseaux sociaux, proposant comme en Espagne aux Parisiens de se mettre à 20H00 aux fenêtres et aux balcons et de les applaudir.

- Récession attendue -

Compte-tenu de cet état de "guerre", toutes les réformes, notamment celle des retraites, très controversée, sont "suspendues". Mais "le Parlement ne s'arrêtera pas", a garanti Richard Ferrand, le président de l'Assemblée nationale.

Les députés reprendront leurs travaux jeudi en "format restreint" pour examiner les textes d'urgence face à l'épidémie de coronavirus, a-t-il indiqué. Le Sénat présidé par Gérard Larcher (LR) fera de même.

Avec un pays à l'arrêt et une économie mondiale fortement secouée, la récession économique se profile: le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, qui s'attend à une chute de 1% du PIB cette année, a annoncé que le gouvernement allait mobiliser de manière "immédiate" 45 milliards d'euros, notamment via le report du paiement de toutes les charges fiscales et sociales dues par les entreprises.

Un fonds de solidarité de 1 milliard d'euros minimum va en outre être institué pour aider les petites entreprises. Et le gouvernement n'exclut pas de recourir à des nationalisations "si nécessaire".