La mobilisation contre la réforme des retraites entre dans sa troisième semaine, sans grand espoir de compromis du gouvernement, qui reçoit jeudi le bloc des partenaires sociaux alors que les cheminots refusent toujours l'idée d'une trêve.

Au 15e jour d'une grève illimitée, même si un léger mieux est attendu, les difficultés continuent pour les usagers de la RATP et ceux de la SNCF, qui va dire dans la journée quels trains circuleront entre le 23 et le 26 décembre.

La compagnie ferroviaire fait circuler 2 TGV sur 5 (contre 1 sur 3 mercredi), 4 TER sur 10 et un Transilien sur 4. Du côté de la régie des transports parisiens, la situation est "conforme" à celle annoncée avec six lignes de métro totalement fermées (deux de moins que la veille) et un léger mieux sur la 10. Les RER A et B ne rouleront qu'aux heures de pointe.

Sur les routes franciliennes, le trafic était moins dense que ces derniers jours, avec "seulement" 320 km de bouchons vers 07H50, selon le site d'informations routières Sytadin.

La CGT, Force ouvrière, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU, qui réclament le retrait pur et simple du projet de système universel de retraite à points, se sont entendues pour organiser des actions jusqu'à fin décembre.

Jeudi, plusieurs cortèges sont prévus, même si ces initiatives à caractère local seront forcément moins massives que les manifestations des 5 et 17 décembre (806.000 et 615.000 personnes dans toute la France, selon le ministère de l'Intérieur). A Paris, un défilé reliera deux gares (Lyon et Est) à partir de 14H00.

Mais c'est Matignon qui continue d'attirer tous les regards. Après avoir reçu les organisations syndicales et patronales les unes après les autres mercredi, le Premier ministre les réunit ensemble dans l'après-midi. Edouard Philippe indiquera-t-il la porte d'une sortie de crise juste avant les vacances de Noël?

"On a compris que sa détermination était complète, la nôtre l'est aussi", a lâché le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier, mercredi soir en sortant.

"Je ne suis pas sûr que, d'ici demain, quelque chose aura avancé, mais ce sera au Premier ministre de nous le dire", a dit un peu plus tôt le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, "un peu fatigué" et "préoccupé".

- "Très, très loin" -

"On est très, très loin, encore, d'être accord", a résumé le responsable cédétiste, globalement favorable à la réforme mais toujours vent debout contre l'âge d'équilibre, assorti d'un bonus-malus dès 2022 pour inciter à travailler plus longtemps et équilibrer les comptes.

Or le chef du gouvernement "tient" à cette mesure budgétaire, a déploré Laurent Berger.

Le camp réformiste a cependant senti "une volonté de discussion". A l'image de Laurent Escure (Unsa), qui a noté "des ouvertures" sur "la pénibilité, les fins de carrière, le minimum de pension", même si elles "restent à confirmer".

Edouard Philippe est en première ligne, aux côtés de Laurent Pietraszewski. Le nouveau "M. retraites" du gouvernement, tout juste nommé secrétaire d'Etat, a été jeté dans le grand bain à remous d'un conflit social au long cours.

Le dossier de son prédécesseur Jean-Paul Delevoye est, lui, déjà dans les mains de la justice: la Haute autorité pour la transparence a saisi mercredi le parquet pour ses "omissions" d'activités.

Emmanuel Macron, pour sa part, surveille le devenir d'une réforme-clé de son quinquennat sans s'exprimer directement. Il a tout de même fait savoir mercredi qu'il était "disposé" à "améliorer" le projet, qui doit être transmis au Conseil d'Etat avant Noël et présenté en Conseil des ministres le 22 janvier.

"C'est dans l'ordre des choses qu'il y ait des avancées d'ici la fin de la semaine", a relevé l'Elysée, précisant que le chef de l'Etat s'était fixé pour "objectif d'obtenir une pause du mouvement social pendant les fêtes".

Une trêve? Les Chambres de commerce et d'industrie la réclament, en faisant valoir "l'impact négatif" des grèves sur "tous les secteurs de l'économie de notre pays".

En assemblée générale, les grévistes ne parlent pourtant pas de trêve mais de "lutte de Noël", à l'image de Bérenger Cernon, de la CGT-Cheminots. A mesure que "les jours passent", a prévenu le patron de sa confédération, Philippe Martinez, "la colère peut se transformer en plus de colère".