Les grévistes engagés contre la réforme des retraites achèvent leur sixième semaine de mobilisation mercredi, journée marquée par de nouvelles actions, une réunion de l'intersyndicale et un séminaire avec lequel le gouvernement veut montrer qu'il tourne la page.

Ports, métros, trains, raffineries, Banque de France, avocats... La mobilisation se poursuivait mercredi, à son 42e jour et à la veille d'une nouvelle journée d'actions interprofessionnelle où des manifestations seront organisées partout en France à l'appel de l'intersyndicale CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires et FSU.

Cette dernière, qui réclame toujours le retrait total du projet de réforme de retraites par points, était en réunion mercredi pour décider de la suite d'une mobilisation qui s'effiloche.

A la mi-journée, plusieurs centaines de fonctionnaires et agents publics se sont rassemblés devant le ministère des Finances à l'appel de six syndicats. "Nous n'allons pas accepter une contre-réforme des retraites qui va (...) entraîner une chute des pensions pour des milliers d'agents et qui va discriminer encore plus les femmes demain", a martelé Jean-Marc Canon (CGT, 1er syndicat).

Parallèlement, le gouvernement, qui a modifié mardi son projet de loi retraites pour y intégrer le principe d'une "conférence de financement" chargée d'ici fin avril de trouver les moyens de garantir l'équilibre financier du système en 2027, s'est réuni en séminaire dans la foulée du Conseil des ministres.

- Grève "sans issue" -

A son issue, le Premier ministre Édouard Philippe a jugé que la grève à la SNCF et à la RATP était "sans issue" et n'avait "que trop duré". Il devait recevoir dans l'après-midi les dirigeants des deux entreprises publiques pour faire le point sur "le dialogue social et la reprise du travail".

La situation dans les transports continue de s'améliorer. La SNCF prévoit de faire circuler jeudi 90% de ses TGV et 80% des TER. Le taux de grévistes est retombé mercredi à 4,7%, soit proche du plus bas atteint lundi (4,3%), et environ un conducteur sur cinq concerné.

A Paris, les métros rouleront également mieux, avec un trafic normal sur trois lignes, dont deux automatiques, et l'ensemble des lignes ouvertes mais perturbées.

L'exécutif a répondu à la demande des syndicats réformistes CFDT, Unsa et CFTC en acceptant de supprimer l'instauration dès 2022 d'un âge pivot (ou "âge d'équilibre") qui devait atteindre graduellement 64 ans en 2027 et être assorti d'un bonus-malus.

Il espère avoir ainsi "clos un chapitre important de la réforme des retraites", assure un conseiller. Il a publié à l'issue du séminaire un calendrier des principaux chantiers des prochains mois.

Parmi eux, le trajet du projet de loi retraites au Parlement devrait prendre temps et énergie à partir du 17 février. Déjà, le cadre de l'examen du texte est critiqué par les oppositions de gauche et de droite.

Le Medef a de son côté demandé mercredi au gouvernement "tous les chiffrages relatifs aux retraites" avant de participer à la conférence de financement, qui doit commencer fin janvier, et rappelé qu'il privilégiait la solution d'un "âge d'équilibre".

Une solution qui a également la faveur du Premier ministre: il a estimé mardi que les partenaires sociaux ne pourraient pas faire l'économie d'une mesure d'âge pour respecter leur promesse d'un déficit nul en 2027.

- Ports à l'arrêt -

En attendant, sans vraiment s'en cacher, le gouvernement compte sur l'affaiblissement de la grève, dont la Banque de France a estimé l'impact sur la croissance au quatrième trimestre 2019 à 0,1 point maximum.

Mais si la mobilisation baisse, le mouvement reste majoritairement soutenu par l'opinion publique. Selon un sondage Elabe publié mercredi pour BFMTV, 47% (-6 par rapport au 5 janvier) des Français approuvent la mobilisation, et 40% (+2) la désapprouvent.

Outre les transports, la mobilisation se poursuivait mercredi dans d'autres secteurs.

La grève continuait dans les sept grands ports maritimes français (Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire, La Rochelle, Bordeaux et Marseille ), à l'appel de la CGT. "Ces ports sont à l'arrêt" mercredi, à l'exception de la zone de manutention à Dunkerque, a indiqué à l'AFP Tony Hautbois, secrétaire général de la CGT des Ports et Docks.

A Marseille, un millier de passagers à destination d'Alger n'ont pas pu monter à bord de leur ferry, en raison de ces blocages.

Des agents de sécurité de la Banque de France et des opérateurs chargés du tri des billets étaient aussi en grève au centre fiduciaire de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et à la papeterie de Vic-Le-Comte (Puy-de-Dôme).

De leur côté, les avocats, qui multiplient les actions symboliques, ont obtenu du gouvernement le maintien d'"une caisse propre à leur profession", mais cet aménagement ne satisfait pas le Conseil national des barreaux.