Les opposants à la réforme des retraites manifestent de nouveau jeudi pour réclamer son retrait et endiguer l'essoufflement d'une mobilisation historique, avec une poursuite des grèves, notamment dans les ports, tandis que le texte a démarré cette semaine son parcours à l'Assemblée nationale.

A Montpellier, Nice, Béziers ou Sète, les manifestants ont commencé dès le matin à réclamer le "retrait d'un projet injuste et dangereux", à l'appel de la CGT, FO, Solidaires, de la FSU et d'organisation de jeunesse (Unef, MNL, UNL). Ils étaient 4.500 à Marseille et 3.500 à Toulouse, selon des sources préfectorales, la CGT comptant de son côté 35.000 manifestants dans la "ville rose".

A Bordeaux, ils ont érigé un "mur du mépris" pour dénoncer la politique gouvernementale et la répression policière. Faite de parpaings, la barricade a bloqué l'entrée principale du rectorat. "C'est le mur du mépris, car on n'a aucune réponse de la part de notre ministère depuis plusieurs mois, plusieurs semaines", sur la réforme du bac et des retraites, a déclaré à l'AFP Jean-Pascal Meral (Snes-FSU).

A Nice, une cinquantaine de pompiers en grève depuis juin se sont allongés sur les rails du tram, bloqué pour 24h comme la plupart des bus. "Même si on est peu, on restera", assure Benjamin Vuolo, 52 ans, élu du syndicat autonome des pompiers et très remonté contre la réforme qui reporte leur âge de départ de 57 à 59 ans.

Avant de rejoindre le cortège parisien, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez est venu apporter son soutien aux salariés en grève de l'incinérateur de Saint-Ouen. "Cette mobilisation sert à montrer aux députés que le travail, ce n'est pas quelque chose d'irréel, il faut venir le voir sur place", a-t-il expliqué sur BFMTV.

Les travaux ont démarré cette semaine au sein de la commission spéciale de l'Assemblée nationale, qui doit examiner plus de 20.000 amendements, dont 19.000 des députés LFI.

Le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon a demandé jeudi à Emmanuel Macron d'organiser un référendum sur la réforme des retraites. "S'il tient à tout prix à cette réforme parce qu'il pense qu'elle est bonne pour le pays, qu'il constate que les gens n'en veulent pas, alors qu'il organise par exemple un référendum", a-t-il dit sur France 2.

La CFDT, favorable à un système "universel" par points, fait du lobbying auprès des députés pour améliorer les textes et a travaillé en ce sens sur des amendements, de même que la CFTC et l'Unsa.

La CFE-CGC, opposée à la réforme, a aussi déposé 22 amendements, quand FO a écrit aux parlementaires pour qu'ils "n'approuvent pas" le projet de loi.

- "Ports morts" -

Dans la rue, des actions se sont poursuivies cette semaine, organisées notamment par des fonctionnaires (police scientifique, éboueurs, égoutiers...).

Les avocats, en grève depuis un mois, ont été reçus une seconde fois cette semaine par le Premier ministre Edouard Philippe et vont décider de la suite du mouvement vendredi.

La ministre de la Justice Nicole Belloubet a affirmé jeudi qu'il n'y aurait pas, jusqu'en 2029, "d'augmentation de cotisation" retraite pour la profession. Le projet prévoit de doubler les cotisations retraite (de 14 à 28%) pour les avocats gagnant moins de 40.000 euros par an, et les pensions, actuellement au minimum de 1.400 euros net, passeraient à 1.000 euros, selon le Conseil national des barreaux.

Côté grève, plusieurs secteurs ont pris le relais des transports, où le trafic est "normal" à la RATP et avec "peu de perturbations" à la SNCF.

Dans le secteur maritime, la CGT organise une opération "ports morts". Ces actions, récurrentes depuis plusieurs semaines dans les grands ports, ont été généralement très suivies.

Les salariés du secteur de l'énergie restent aussi mobilisés dans le traitement de déchets et le nucléaire.

A la centrale de Penly en Normandie, où 83% des salariés sondés ont voté contre la réforme, sept salariés ont reçu mardi la visite à leur domicile d'un huissier venu leur remettre une mise en demeure de libérer le site. Les syndicats nient toutefois tout blocage.

Dans le secteur des déchets, les salariés des trois sites d'incinération d'Ile-de-France ont reconduit leur mouvement jusqu'à vendredi. La préfecture a réquisitionné des personnels pour gérer les stocks d'ordures et redémarrer un des fours, à Issy-les-Moulineaux.

La métropole Aix-Marseille-Provence a annoncé mercredi soir qu'elle lancerait jeudi une procédure de réquisition de ses agents en grève, pour évacuer les 3.000 tonnes de déchets en souffrance dans les rues.

En Guadeloupe, le mouvement social contre la réforme, combiné à des revendications contre la baisse des effectifs enseignants, bloque une très grande partie des écoles, collèges et lycées depuis le 5 décembre.

Lors du huitième appel à une journée interprofessionnelle le 30 janvier, la mobilisation avait marqué le pas, avec 108.000 manifestants en France (ministère de l'Intérieur), contre 249.000 lors de la journée précédente, le 24 janvier.

La suite du mouvement doit être décidée lors d'une réunion au siège de la CGT en fin de journée.

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