Opposant numéro un au Kremlin, pourfendeur de la corruption des élites russes, Alexeï Navalny a une ambition: faire chuter Vladimir Poutine, au pouvoir depuis plus de 20 ans.

Et selon lui, le président russe a en retour orchestré son empoisonnement par un agent neurotoxique de type Novitchok, en août en Sibérie.

Evacué dans le coma, Alexeï Navalny est rentré le 17 janvier après cinq mois de convalescence en Allemagne, malgré la quasi-certitude d'être arrêté. "La Russie est mon pays, Moscou est ma ville", proclame-t-il alors.

A son arrivée, sous les objectifs des médias du monde entier, l'opposant enlace une dernière fois Ioulia, son épouse, puis est interpellé au contrôle des passeports d'un aéroport moscovite.

Le lendemain, il est incarcéré au terme d'une audience expéditive. Affiché derrière lui, un portrait de Guenrikh Iagoda, architecte des premiers procès staliniens.

"Son seul crime est d'avoir survécu à cette tentative d'assassinat", commente pour la BBC Garry Kasparov, ex-champion d'échecs et détracteur du pouvoir russe.

Mais Alexeï Navalny, ancien avocat de 44 ans, appelle dans la foulée les Russes à "ne pas avoir peur" et à manifester.

Pour galvaniser ses partisans, il diffuse une vidéo de deux heures accusant Vladimir Poutine de s'être fait bâtir un somptueux palais. L'enquête fait mouche, totalise plus de 100 millions de vues. Le président russe est obligé de démentir en personne.

Et malgré la répression policière, des manifestations réunissent, les 23 puis 31 janvier, des dizaines de milliers de personnes dans plus de 100 villes russes.

- "Le blogueur qui n'intéresse personne" -

Dans la foulée, ses cadres sont arrêtés. Son épouse Ioulia, toujours plus présente politiquement, est interpellée à chaque défilé. Son frère est assigné à résidence. Son fils et sa fille, eux, sont restés à l'étranger.

Fin 2019, "le blogueur qui n'intéresse personne", selon l'expression du Kremlin, avait marqué les esprits en enquêtant sur son propre empoisonnement, affirmant même avoir piégé un agent des services spéciaux (FSB) pour révéler des détails de l'opération.

Le Kremlin balaye l'affaire, évoquant "le délire de la persécution" d'un escroc au service de l'Occident russophobe. Mais la vidéo fait déjà un tabac: 27 millions de vues.

Sondage après sondage, Alexeï Navalny reste pourtant une figure clivante. Mais ses déboires nourrissent la mobilisation dans un pays à l'économie anémique.

"Dans différents coins du pays, les gens ne sont pas sortis seulement en soutien à Navalny (...) mais pour exprimer leur mécontentement à l'égard du pouvoir, leur inquiétude face à l'absence de perspective", juge dans une note d'analyse le centre indépendant Levada.

Largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement, Alexeï Navalny s'est imposé comme la principale voix de l'opposition dans un paysage où les formations classiques ont été réduites au silence, ou contraintes à la coopération.

- Lisser son image -

Grâce à des vidéos percutantes, lui et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption, étrillent le clientélisme du pouvoir.

Electoralement, ses candidats étant souvent interdits de scrutins, Alexeï Navalny organise des campagnes pour soutenir le candidat, peu importe sa couleur politique, le plus susceptible de vaincre le pouvoir. Avec un certain succès en 2019 et 2020.

Ses premiers galons d'opposant, M. Navalny les a gagnés après les législatives de décembre 2011, qui déclenchent un mouvement de contestation dont il devient une figure parmi d'autres.

Par la suite, ce blond aux yeux bleus s'efforce de lisser son image, abandonnant un discours nationaliste aux relents racistes et cessant de défiler à la Marche russe, rassemblement annuel de groupuscules d'extrême droite ou monarchistes.

En septembre 2013, il obtient son premier succès électoral aux municipales à Moscou, arrivant deuxième avec 27% des voix.

Depuis, il a multiplié les courtes détentions administratives et les condamnations dans des affaires de fraudes aux relents politiques.

En 2014, il écope de trois ans et demi de prison avec sursis dans l'une d'elles, peine que les autorités veulent convertir en sentence ferme mardi à l'issue d'une audience à Moscou.