Plus préoccupés par la Saint Nicolas que par les élections, les Roumains désignaient dimanche sans conviction leur Parlement, un scrutin dont les libéraux pro-européens au pouvoir sont donnés favoris, sur fond d'inquiétudes liées à la pandémie.

Plus de 18 millions d'électeurs sont attendus aux urnes, mais, fruit de l'effet conjugué de la résurgence du Covid-19 et de la lassitude des électeurs face à une classe politique jugée incompétente, la mobilisation s'annonçait faible.

Le taux de participation avoisinait à la mi-journée les 11%, soit un point de moins à la même heure que lors du scrutin précédent, en 2016.

Pour le philosophe et écrivain Mihai Sora, 104 ans, pas question de s'abstenir cependant: "J'ai voté avec confiance et espoir, en pensant à mon pays et à l'avenir de ses habitants", a écrit sur Facebook dès la première heure celui qui était descendu dans la rue des semaines durant en 2018 pour protester contre les "dérives anti-démocratiques" du précédent gouvernement de gauche.

- 'Promesses oubliées' -

Adina Ionescu, 42 ans, accomplira son devoir électoral dans l'après-midi. Si elle confie avoir reçu son cadeau de la part de Saint Nicolas - un livre et des chocolats - elle en attend un autre, à l'issue de ces législatives: "Un gouvernement formé de jeunes, soucieux de l'environnement et du bien-être des Roumains", dit cette mère de famille de 42 ans, tout en regardant ses deux filles adolescentes glisser sur une patinoire en plein air à Bucarest.

Après avoir voté dans une école de la capitale, Gheorghe Preda, 63 ans, n'a, lui, "aucun espoir" de changement. "Depuis 30 ans", les deux principaux partis politiques "se relaient au pouvoir et durant la campagne, ils ne lésinent pas sur les promesses, qu'ils oublient aussitôt après", peste-t-il.

En bon grand-père, cet électricien à la retraite préfère penser à Saint Nicolas, une tradition d'avant-Noël datant du Moyen Age: "J'ai plein de cadeaux à porter à mes petits enfants", dit-il, en se pressant vers sa voiture.

Le scrutin s'annonce disputé mais le Premier ministre Ludovic Orban, un pro-européen convaincu qui dirige depuis un an un gouvernement de centre droit minoritaire, semble bien positionné pour garder son poste.

"Il appartient aujourd'hui aux Roumains de décider de la voie qu'empruntera le pays. En ce qui me concerne, j'ai voté pour une Roumanie dynamique, moderne, confiante en ses forces et respectée sur le plan international", a-t-il déclaré en glissant son bulletin dans l'urne.

Son Parti libéral (PNL) est crédité de 28% des intentions de vote lors de ce scrutin à un seul tour, devant les sociaux-démocrates (PSD, opposition, 23%) et les réformistes d'une jeune alliance de centre droit, USR-Plus (18%), selon le dernier sondage de l'institut IMAS.

- Friandises ou fouet ? -

"J'appelle les Roumains à voter dans l'esprit de la fête de Saint Nicolas, où ceux qui ont été sages reçoivent des friandises tandis que les autres écopent d'une punition" du Père Fouettard, a lancé le chef de file du PSD, Marcel Ciolacu. Et d'ajouter espérer que ce pays dispose "dès demain d'un plan de sortie de la pandémie et de la crise économique".

A l'étranger, où les bureaux de vote ont ouvert dès samedi, 120.000 personnes avaient déjà exprimé leur suffrage en milieu de journée dimanche, soit plus qu'en 2016, selon l'autorité électorale (AEP).

Poussés par la pauvreté, 4 millions de Roumains ont émigré ces dernières années notamment en Europe de l'Ouest, à la recherche d'emplois mieux rémunérés.

Les libéraux, qui ont promis des réformes pour relancer l'économie durement frappée par la pandémie, disposent d'un atout de taille: le soutien du populaire chef de l'Etat Klaus Iohannis, issu de leurs rangs.

Balayant les accusations d'"entorse à la Constitution", ce dernier a ouvertement fait campagne pour le PNL et exclu un retour aux affaires des sociaux-démocrates durant son second mandat, qui court jusqu'en 2024.

Grand gagnant du précédent scrutin de 2016, ce parti avait lancé une refonte controversée du système judiciaire qui avait suscité de sévères mises en garde de Bruxelles.

Confronté à une vague de contestation d'une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989, le PSD avait dans la foulée été écarté du pouvoir par une motion de censure fin 2019 mais il demeure majoritaire au Parlement.