Les dirigeants de l'UE ont entamé jeudi à Bruxelles un sommet de deux jours très chargé: les Vingt-Sept doivent sauver leur plan de relance post-Covid, fixer leurs objectifs climatiques et s'entendre sur la manière de punir Ankara.

La coordination européenne face à la pandémie sera aussi à l'ordre du jour face à la nouvelle flambée des contaminations à l'approche de Noël.

A trois jours d'un couperet pour les négociations entre Londres et Bruxelles pour trouver un accord sur leur relation future, le Brexit s'invitera au dîner avec un point de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, au lendemain de son entretien avec Boris Johnson, qui n'a pas permis de percée.

Après une minute de silence en hommage à l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, artisan de la construction européenne, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept allaient au plus urgent: le déblocage du plan de relance post-Covid (750 milliards d'euros) adopté en juillet.

Celui-ci, tout comme le budget de l'UE 2021-2027 (1.074 milliards), sont paralysés par un veto de la Pologne et la Hongrie, qui, accusés régulièrement de saper les valeurs démocratiques, s'opposent à un mécanisme conditionnant le versement des fonds européens au respect de l'Etat de droit.

Pour surmonter leurs réticences, la présidence allemande de l'UE a proposé un compromis: le mécanisme serait assorti d'une déclaration "explicative" précisant la possibilité de saisir la Cour de justice européenne pour examiner sa légalité avant son application, quitte à la retarder. Un tel recours prend 18-19 mois en moyenne, selon la Cour.

- "A un centimètre du consensus"-

"Nous sommes à un centimètre d'un consensus", a indiqué le Premier ministre hongrois Viktor Orban. "Les conclusions contiennent un plan très clair pour éviter tout usage arbitraire" du mécanisme, s'est félicité son homologue polonais Mateusz Morawiecki.

Les pays dits "frugaux", très sourcilleux sur l'usage des fonds, pourraient exprimer des réserves: "Je veux être sûr que cela ne change rien au sens politique et juridique" de la réglementation sur l'Etat de droit, a averti le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

A deux jours du 5e anniversaire de l'Accord de Paris, les Vingt-Sept doivent se prononcer sur leur nouvel objectif d'émissions de gaz à effet de serre pour 2030.

La proposition de la Commission d'une réduction d'"au moins 55%" par rapport au niveau de 1990, contre un objectif de 40% actuellement, n'est pas contestée, mais les débats restent vifs sur les modalités et la répartition des efforts. Encore très dépendante du charbon, la Pologne rejette tout objectif national, redoutant de lourdes conséquences économiques.

"Je souhaite que nous puissions avoir une position européenne claire, tranchée" sur le climat, a déclaré le président français Emmanuel Macron à son arrivée.

Pour éviter un veto de Varsovie, les Vingt-Sept pourraient s'en tenir à un objectif "collectif", fruit d'un "effort qui prendra en compte l'équité et la solidarité, en ne laissant personne derrière", selon une version provisoire des conclusions du sommet obtenue par l'AFP.

- Liste noire contre la Turquie-

Sujet chaud de la soirée, la Turquie, puisque les dirigeants de l'UE vont aborder la question des sanctions, dont la menace avait été brandie en octobre en raison de ses travaux d'exploration gazière dans des zones maritimes disputées avec la Grèce et Chypre.

Les Européens dénoncent l'attitude d'Ankara mais "les intérêts divergent et les discussions s'annoncent ardues", prédit un responsable européen.

"Nous devons être cohérents avec les décisions d'octobre (...) et en tirer toutes les conséquences", a lancé Emmanuel Macron. Plusieurs Etats, dont l'Allemagne, l'Italie et la Pologne, se montrent beaucoup plus réticents.

Le projet de conclusions prévoit une approche par étapes, avec l'ajout de nouveaux noms aux deux déjà inscrits sur liste noire pour forages à Chypre et l'annonce de sanctions supplémentaires si se poursuivent les activités illégales turques.

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