Séisme au Mexique: une semaine après, difficile retour à la normale

Publié le à Mexico (AFP)

Encore sous le choc du séisme qui a fait plus de 300 morts il y a sept jours, le Mexique a entamé mardi un difficile retour à la normale, pendant que la recherche de survivants touchait à sa fin.

Après une semaine de calme inhabituel dans les rues, les embouteillages étaient de retour, la mégapole de 20 millions d'habitants ayant retrouvé le chemin de l'école et du travail, en attendant la reprise du championnat mexicain de football prévu dans la soirée.

"Si le soleil continue de se lever, la vie continue, et nous devons continuer nous aussi", a confié à l'AFP Carlos Ontiveros, architecte de 42 ans se rendant à son bureau. "Nous sommes brisés par la perte (de vies humaines) et la peur, mais nous devons continuer de toutes façons".

Dans le quartier branché de la Roma, les bars et restaurants ont rouvert et sorti les tables en terrasses.

Mais les stigmates du séisme restaient visibles à quelques mètres de là, avec des immeubles endommagés ou détruits, entourés de barrières et de bande plastique jaune.

Face à ces derniers, des habitants attendaient que les autorités leur disent quand ils pourraient y entrer pour récupérer les affaires laissées au moment de la secousse du 19 septembre, à 13h14 (18H14 GMT).

Le séisme de magnitude 7,1 est survenu 32 ans jour pour jour après le dramatique tremblement de terre de 1985, qui avait fait plus de 10.000 morts, et jusqu'à 30.000, selon certaines estimations.

Une semaine plus tard, le bilan humain et matériel est lourd: 333 morts selon les derniers chiffres officiels et, dans la capitale, 39 immeubles effondrés, piégeant des centaines de personnes à l'intérieur. Des habitants ont également péri dans les Etats de Morelos, Puebla, Mexico, Guerrero et Oaxaca.

- Arrêter les recherches? -

Comme en 1985, des milliers de volontaires ont participé aux recherches, fouillant à mains nues les décombres.

Ils ont vite été rejoints par des équipes de secours du Mexique et du monde entier.

Grâce à cet effort collectif, dans la capitale 69 personnes ont pu être sorties vivantes.

Mais depuis vendredi soir, seuls des corps sont remontés à la surface.

Le pays est désormais face à la question épineuse de savoir jusqu'à quand prolonger les recherches.

Franchi vendredi, le délai critique des premières 72 heures, au-delà duquel les chances de survie sont très faibles, paraît bien loin. Même si les Mexicains se souviennent des sauvetages "miracles" accomplis après le séisme de 1985.

Les secouristes du Japon, du Salvador, du Honduras et du Panama sont déjà repartis.

Un détachement français d'intervention spéciale, arrivé lundi après-midi, devait se rendre dans l'Etat de Morelos, proche de l'épicentre au sud de Mexico, où le séisme a fait plus de 70 morts et où les secours ont été moins nombreux que dans la capitale.

- 'Notre patience est à bout' -

Mais les proches des victimes sont en colère contre les autorités. Lundi soir, une centaine d'entre eux ont menacé de rompre le cordon de sécurité autour des décombres de l'immeuble de bureaux de sept étages qui s'est effondré dans le quartier de la Roma, et de fouiller eux-mêmes sous les ruines.

"Nous avons été calmes pendant sept jours et sept nuits, en attendant des résultats. Notre patience est à bout... S'il vous plaît, mettez à jour les listes" des corps retrouvés, a demandé une de ces proches, Inés Sandoval.

"On ne nous dit que des mensonges, qu'ils vont les sortir, qu'ils travaillent, et puis rien", se désole Anel Jimenez, commerçante qui attend des nouvelles de son cousin, Martin Estrada. "Une semaine c'est trop long".

Selon la Protection civile, une quarantaine de familles restent sans nouvelles des leurs, au milieu de rumeurs persistantes qui évoquent des corps retrouvés.

Ces derniers jours, les autorités mexicaines, et même le président Enrique Peña Nieto, ont assuré qu'aucun immeuble ne serait démoli tant que tous les corps n'auraient pas été retrouvés.

Mais dans ce pays avec un passé de corruption et de versions officielles douteuses, les habitants sont méfiants, soupçonnant aussi de possibles négligences dans la construction des immeubles.

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