Les 27 dirigeants de l'UE ont commencé vendredi leur premier sommet en chair et en os à Bruxelles depuis près de cinq mois, une réunion cruciale qui s'annonce très difficile pour parvenir à un accord sur un plan de relance de l'économie menacée par une récession historique.

"C'est un moment de vérité et d'ambition pour l'Europe", a affirmé le président français Emmanuel Macron, en arrivant au sommet.

Angela Merkel, la chancelière allemande, dont le pays occupe la présidence tournante de l'UE, a dit s'attendre à "de très difficiles négociations".

Le chef d'orchestre du sommet, Charles Michel, s'est montré optimiste: "Je suis totalement convaincu qu'avec du courage politique il est possible d'obtenir un accord".

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a quelque peu douché son élan, estimant les chances d'un succès "à moins de 50%".

Son homologue italien, Giuseppe Conte, a lui mis la pression pour surmonter les divergences: "C'est dans l'intérêt des Italiens qui continuent de souffrir et des citoyens de l'UE".

Les dirigeants sont arrivés tous masqués à la réunion, qui a lieu, pour la première fois de l'histoire, sans journaliste physiquement présent dans l'immense bâtiment.

Une ambiance très particulière pour un jour où deux dirigeants fêtent leur anniversaire: le Portugais, Antonio Costa, 59 ans et Angela Merkel, 66 ans. Cette dernière a reçu de nombreux cadeaux, notamment des bouteilles de vin (dont un bourgogne blanc) de la part de Macron.

Au menu des négociations: un plan de relance de 750 milliards d'euros, composé de 250 milliards de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards, qui n'auront pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires.

Il est adossé au budget de l'UE à long terme (pour la période 2021-2027) de 1.074 milliards d'euros.

Lors de leur dernière rencontre en face-à-face, le 20 février, les 27 s'étaient quittés sur un échec. Ils ne devaient alors que se mettre d'accord sur le budget de l'UE pour 2021-2027. Mais la crise est passée par là et un plan de relance s'est invité à la table des négociations.

- Solidarité oui...mais -

Chaque pays ayant un droit de veto, elles s'annoncent longues et ce sommet extraordinaire prévu pour deux jours pourrait ne pas être le dernier.

Le dirigeant le plus difficile à convaincre devrait à nouveau être M. Rutte, déjà considéré comme partiellement responsable de l'échec du sommet de février.

Chef de file des Etats dits "frugaux" --outre les Pays-Bas, l'Autriche, le Danemark, la Suède, rejoints par la Finlande--, il a émis de nombreuses réserves sur le plan de soutien qui devrait profiter avant tout aux pays du Sud, Italie et Espagne en tête.

A Bruxelles, il a réaffirmé ses positions: "Solidarité, oui (…) Mais dans le même temps, on peut aussi demander à ces pays de faire tout ce qui est possible pour qu'ils résolvent (leurs problèmes) par eux-mêmes, la prochaine fois. Et cela vous le faite via des réformes du marché du travail, du système de retraite...", a-t-il lancé.

Les "frugaux" sont partisans d'une réduction des subventions, leur préférant les prêts remboursables. En outre, ils réclament pour tout argent versé des réformes de fond de la part des bénéficiaires.

Des exigences qui font bondir leurs voisins du Sud, inquiets de se retrouver avec l'obligation de se soumettre à un programme imposé par d'autres, comme l'avait été la Grèce au plus fort de la crise de la zone euro.

Pour mieux contrôler ces pays, jugés laxistes sur le plan budgétaire, M. Rutte souhaite que leurs plans de réformes soient validés à l'unanimité des 27 (et non à la majorité qualifiée comme l'a prévu Charles Michel).

Autre sujet délicat: le lien entre le versement d'argent et le respect de l'Etat de droit, pour la première fois inscrit dans un budget de l'UE. Or, la Pologne et la Hongrie, qui font toutes deux l'objet de procédures au sein de l'Union en raison d'atteintes à l'indépendance de la justice ou aux droits fondamentaux, freinent des quatre fers.

"Nous ne sommes pas d'accord avec le traitement arbitraire de la question de l'Etat de droit", a prévenu le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, à son arrivée.

Dans ce grand marchandage, Mme Merkel, suscite beaucoup d'espoirs. Se rangeant à l'avis de la France, elle a accepté que des fonds soient empruntés à grande échelle au nom de l'Europe, brisant ainsi un tabou dans un pays jusqu'ici largement opposé à l'idée d'une dette commune.