Jamais l'accueil des réfugiés aux Etats-Unis n'a été aussi bas: Donald Trump a annoncé un nouveau tour de vis draconien à la réinstallation sur le sol américain des étrangers persécutés ou en danger, affichant sa politique de fermeture à un mois de la présidentielle.

Le département d'Etat américain a annoncé les nouveaux quotas dans la nuit de mercredi à jeudi, une demi-heure avant le début de l'année budgétaire 2021 le 1er octobre, respectant de justesse, à la suite de critiques d'élus, le délai fixé par la loi.

Au cours des 12 prochains mois, un maximum de 15.000 réfugiés pourront être admis dans le pays dans le cadre du programme de résinstallation, contre 18.000 réfugiés autorisés pendant l'année budgétaire 2020.

C'est un nouveau plus bas historique, et ce chiffre est loin des 100.000 personnes accueillies en moyenne annuellement sous la présidence du démocrate Barack Obama jusqu'en 2016.

Cette politique concerne des réfugiés sélectionnés par les agences de sécurité et de renseignement américaines dans les camps de l'ONU à travers le monde pour être réinstallés aux Etats-Unis, essentiellement parmi les plus vulnérables comme les personnes âgées, les veuves et les handicapés.

Donald Trump, dont la lutte contre l'immigration est un des principaux chevaux de bataille, a déjà suspendu les admissions de réfugiés pendant des mois cette année, invoquant la pandémie de Covid-19.

Expliquant ce nouveau tour de vis, qui doit être confirmé à l'issue de consultations avec le Congrès, le département d'Etat a souligné que les Etats-Unis voulaient aider les réfugiés "le plus près possible de leurs foyers", jusqu'à ce qu'ils puissent rentrer chez eux.

"En nous attelant en premier lieu à mettre fin aux conflits qui entraînent des déplacements, et en fournissant une aide humanitaire à l'étranger pour protéger et aider les personnes déplacées, nous pouvons prévenir les effets déstabilisateurs de ces déplacements sur les pays affectés et leurs voisins", a-t-il affirmé dans un communiqué.

- "Abdication totale" -

Interrogé sur ces réductions imminentes de quotas des réfugiés, Mike Pompeo avait déclaré mardi qu'il n'y avait "pas de pays plus généreux que les Etats-Unis" dans l'assistance humanitaire.

"Ce quota ridiculement bas reflète une abdication totale du leadership moral et humanitaire américain", a protesté Eleanor Acer, de l'organisation Human Rights First. "Le gouvernement a détruit le système de réinstallation comme il a détruit le système de l'asile aux Etats-Unis", a-t-elle dit à l'AFP.

Pour le président de l'organisation Refugees International, Eric Schwartz, ex-secrétaire d'Etat adjoint chargé de ces questions sous l'administration Obama, cette annonce s'inscrit dans "une stratégie globale de dénigrement des réfugiés pour attiser les peurs".

Les défenseurs des droits humains avaient appelé Donald Trump à augmenter le nombre d'admissions, face aux conflits mondiaux et à l'instabilité née de la pandémie.

Près de 80 millions de personnes à travers la planète ont dû quitter leur foyer, selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU, un nombre qui a doublé en dix ans.

Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden s'est engagé, en cas de victoire au scrutin du 3 novembre, à porter à 125.000 le nombre de réfugiés admis, affirmant que l'accueil des personnes persécutées était conforme aux valeurs américaines.

L'équipe Trump a rétorqué par des publicités électorales dénonçant la "faiblesse" présumée de l'ancien vice-président, accusé de vouloir faire venir des gens d'endroits "dangereux".

Le milliardaire républicain avait mené campagne en 2016 sur la promesse de réduire l'immigration à la fois clandestine et légale. Dans son viseur, notamment les immigrants mexicains et musulmans.

Il avait vivement critiqué la chancelière allemande Angela Merkel pour avoir accueilli des centaines de milliers de migrants, notamment syriens.

Pendant des années, les Etats-Unis ont accueilli plus de réfugiés que tous les autres pays ensemble, mais le Canada les a dépassés l'an dernier en ouvrant la porte à plus de 30.000 migrants, selon les chiffres de l'ONU.