Il aurait détourné des centaines de milliers de dollars destinés à soutenir le projet emblématique de la présidence Trump pour ériger un mur à la frontière mexicaine: Steve Bannon, ex-conseiller du président américain, a été inculpé et arrêté jeudi, une mauvaise nouvelle pour Trump en pleine campagne pour sa réélection.

Celui qui fut l'un des architectes de la campagne présidentielle du magnat new-yorkais en 2016 est accusé d'avoir - avec trois autres responsables de la page "We Build The Wall" ("Nous construisons le mur") de la plateforme de financement participatif GoFundMe - détourné des centaines de milliers de dollars pour des "dépenses personnelles", a indiqué la procureure fédérale de Manhattan, Audrey Strauss, dans un communiqué.

Depuis la Maison Blanche, Donald Trump a réagi en affirmant d'abord "ne rien connaître de ce projet", puis "ne pas aimer" l'idée de lever des fonds privés pour financer ce mur.

Il a ajouté ne "pas avoir eu de contact avec lui (Steve Bannon) depuis très longtemps".

Après des conflits internes, le fondateur du site proche de l'extrême-droite américaine Breitbart News, initialement très influent, avait dû quitter la Maison Blanche en août 2017.

A 66 ans, Steve Bannon - qui a beaucoup voyagé depuis 2017, s'efforçant de rapprocher les partis d'extrême droite européens et s'affichant notamment aux cotés de Marine Le Pen lors d'un congrès du Front National en 2018 - rejoint six membres de l'entourage du président américain inculpés et condamnés, dont Paul Manafort, Michael Cohen et Roger Stone.

La peine de ce dernier a été commuée en juillet par le président américain, une décision qualifiée d'"abus de pouvoir" coté démocrate.

- "Bénévole"

Alors qu'ils assuraient aux donateurs que tout l'argent levé via le site servirait à ériger le mur - symbole de la politique de durcissement migratoire de Donald Trump - M. Bannon et les trois autres responsables détournaient une partie des fonds, au moyen notamment de fausses factures, selon l'acte d'accusation rendu public jeudi.

M. Bannon, qui affirmait publiquement contribuer de façon "bénévole" à ce projet, utilisait pour ces détournements une organisation à but non lucratif qu'il contrôlait, par laquelle aurait transité plus d'un million de dollars, précise le document.

Les premiers soupçons auraient commencé peu après le lancement de "We Build the Wall" en décembre 2018, qui avait rencontré un succès immédiat avec 17 millions de dollars récoltés la première semaine.

"Malgré ce succès précoce, l'opération a suscité des questions, en raison notamment du passé de son fondateur, Brian Kolfage, et l'intention du site de donner l'argent levé au gouvernement fédéral pour construire le mur", explique l'acte d'accusation.

La plateforme GoFundMe ayant menacé rapidement de suspendre la page si M. Kolfage n'identifiait pas une organisation à but non lucratif destinataire des fonds, M. Kolfage aurait alors impliqué Steve Bannon, qui montait déjà une organisation de ce type pour promouvoir "la souveraineté américaine et le nationalisme économique".

- Golf et chirurgie esthétique

M. Bannon devait être présenté à un juge fédéral new-yorkais jeudi après-midi.

Selon le New York Times, il a été interpellé jeudi matin par des agents fédéraux sur un yacht au large du Connecticut appartenant à son ami Guo Wengui, riche homme d'affaires chinois exilé à New York.

Il devra répondre de deux chefs d'accusation, pour fraude et blanchiment d'argent, passible chacun d'une peine maximale de 20 ans de prison.

M. Kolfage, 37 ans, accusé d'avoir détourné 350.000 dollars pour financer "un luxueux train de vie" incluant l'achat d'un bateau, d'une voiturette de golf et de la chirurgie esthétique, a été arrêté pour les mêmes chefs, tout comme Andrew Badolato, 56 ans, et Timothy Shea, 49 ans, tous impliqués dans la gestion de cette levée de fonds.

MM. Kolfage et Badolato devaient comparaître eux aussi jeudi, devant des juges fédéraux de Floride, tandis que M. Shea était attendu dans un tribunal fédéral du Colorado.

Donald Trump a fait de la construction d'un "mur" censé empêcher l'immigration clandestine sur les plus de 3.000 km de frontière séparant Etats-Unis et Mexique un leitmotiv de sa présidence.

Pendant sa campagne 2016, ses supporters scandaient souvent "Build that wall" pendant ses meetings, devenu un refrain pour beaucoup.