Après le baptême du feu au Parlement, l'agenda social: Jean Castex a commencé à recevoir jeudi à Matignon les partenaires sociaux, qui, compte tenu de la crise sociale, ont tous mis en avant la question de "l'emploi" plutôt que celle des retraites dont ils ne veulent pas entendre parler dans les prochains mois.

Des premières heures de la matinée jusqu'au soir jeudi, avant une reprise vendredi après-midi, c'est le grand défilé des syndicats et du patronat à Matignon - en présence de la nouvelle ministre du Travail, Élisabeth Borne - pour prendre le pouls des intentions du nouveau Premier ministre.

Ouvrant le bal, Laurent Berger (CFDT) s'est félicité d'une prise de contact "très franche, très ouverte sur la méthode".

"Changement d'hommes, changement de style", a ajouté M. Berger qui avait été l'interlocuteur clé d'Édouard Philippe lors de la réforme des retraites avant qu'elle ne soit suspendue par l'épidémie.

"Très direct et très franc", "presque rugbyman", a abondé Geoffroy Roux de Bézieux (Medef). "Un Premier ministre carré et de terrain", a renchéri Christiane Lambert (FNSEA).

"Il était attentif à nos propos mais la confiance ça se gagne, on jugera aux actes", a tempéré Philippe Martinez (CGT).

Sur le fond, Laurent Berger, dont le syndicat est favorable au principe du régime universel de retraite à points, a répété que ce dossier n'était "pas le sujet de l'été et de l'automne", en soulignant que "la priorité aujourd'hui, c'est l'emploi". "Pas avant 2021", a renchéri Cyril Chabanier (CFTC) pour qui "on ne peut pas tout traiter en même temps".

"Il faut se mettre en mode pause", a abondé François Asselin (CPME). "Il faut d'abord sauver les entreprises et les emplois", a plaidé Laurent Munerot (U2P). "C'est un sujet explosif qui va diviser le pays", a averti Philippe Martinez (CGT)

Il n'est "pas question" d'avoir "des mesures d'âge", comme l'allongement de la durée de cotisation, pour remédier à la question du financement, a ajouté Yves Veyrier (FO).

"Discutons à la rentrée, mais avec des chiffres" à jour concernant le déficit du système actuel, a insisté pour sa part M. Roux de Bézieux.

M. Castex, lui, avait déjà fait part mercredi de sa détermination à régler ce dossier "à court terme". "Refuser de parler des retraites lorsque l'équilibre des comptes, et donc la sauvegarde du système actuel se trouve compromise, serait irresponsable", avait-il plaidé.

- Conférence sociale le 17 -

M. Castex a aussi dessiné sa méthode: la réforme du système, et donc des régimes spéciaux, sera séparée "des dispositions qu'il y a lieu de prendre pour sauvegarder le système actuel", d'ordre financier. D'après une estimation provisoire du Conseil d'orientation des retraites (COR), le déficit du système de retraites devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros, très loin des 4 milliards attendus avant la crise.

"Tous les comptes sociaux sont en déficit aujourd'hui, pourquoi seul celui des retraites devrait être réglé en 15 jours ?", a répondu M. Chabanier qui ne veut pas que "la crise du Covid décide du futur système des retraites".

A l'Elysée, on estime que le gouvernement peut mener de concert la négociation sur la réforme des retraites, les conclusions du Ségur de la santé et la réponse à la crise économique et sociale.

Outre les retraites et l'emploi, d'autres chantiers importants sont en jachère, comme la réforme de l'assurance chômage dont le deuxième volet devait entrer en vigueur au 1er septembre.

M. Castex a redit aux syndidats sa volonté de la décaler, alors que ceux-ci réclament l'abandon de cette réforme qui prévoit un nouveau calcul de l'allocation pour ceux, souvent précaires, qui alternent contrats courts et chômage.

Les syndicats veulent aussi que l'exécutif revienne en arrière sur le durcissement de l'ouverture de droits (six mois de travail sur les 24 derniers depuis le 1er novembre contre quatre sur 28 avant) et leur rechargement.

Des annonces sur l'assurance chômage devraient être faites "la semaine prochaine", selon M. Roux de Bézieux qui demande le report d'une autre mesure, le bonus malus, destiné à pénaliser les entreprises qui abusent des contrats courts.

Après sa déclaration de politique générale le 15, M. Castex recevra à nouveau les partenaires sociaux le 17 juillet "pour une conférence sociale", selon M. Chabanier. Elle définira les priorités, la méthode et le calendrier des prochains mois.

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