Au moins 20 civils ont été tués dimanche dans le nord-ouest de la Syrie, où les forces du régime syrien, soutenues par l'aviation russe, sont sur le point de reprendre l'intégralité d'une autoroute stratégique dans la région d'Idleb, dernier bastion sous contrôle jihadiste et rebelle, selon une ONG.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 14 civils ont été tués dans des raids russes, dont neuf dans le village de Kar Nouran situé dans le sud-ouest de la province d'Alep, près du dernier tronçon de l'autoroute M5 que le régime cherche à reconquérir.

Cinq autres civils ont péri dans des raids aériens du régime, dont quatre dans des barils d'explosifs largués sur la localité d'Atareb, dans l'ouest d'Alep.

Un autre civil a été tué lors d'un tir d'artillerie sur la ville de Jisr al-Choughour, dans le sud de la province d'Idleb, a ajouté l'OSDH.

Ce bilan est le résultat d'une "intensification en début de soirée des frappes aériennes" russes et syriennes axées notamment sur le secteur encore aux mains des jihadistes et rebelles jouxtant l'ultime partie de la M5 qui échappe encore à Damas, a affirmé à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Il s'agit d'un tronçon de la M5 long de deux kilomètres et situé dans l'ouest de la province d'Alep. Cette autoroute relie le sud du pays à la grande ville d'Alep dans le nord, en passant par Damas, deux métropoles aux mains du régime.

"Les forces du régime ont encore avancé sur le terrain dimanche, prenant le contrôle de plusieurs villages" situés près de l'autoroute, a assuré M. Abdel Rahmane.

L'armée a de son côté affirmé dans un communiqué avoir reconquis ces derniers jours "des dizaines de villages et localités" dans le sud d'Idleb et l'ouest d'Alep, s'emparant au total de "600 km2".

Depuis décembre, le régime de Bachar al-Assad, soutenu par l'aviation russe, a lancé une nouvelle offensive dans la région d'Idleb avec en ligne de mire la reconquête de cet axe routier clé.

Un peu plus de la moitié de la province d'Idleb et des secteurs attenants des provinces voisines d'Alep, Hama et Lattaquié, sont toujours dominés par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda).

La région abrite aussi d'autres groupuscules jihadistes et des groupes rebelles affaiblis.

- Bataille stratégique -

L'armée syrienne dit samedi avoir repris aux jihadistes et rebelles la ville clé de Saraqeb, traversée par la M5, après la reconquête fin janvier de la ville de Maaret al-Noomane, la deuxième plus grande de la province d'Idleb, située également sur la M5.

Dimanche, le gouvernement syrien a approuvé un plan visant à "rétablir progressivement les services (publics) dans les zones libérées (...) des gouvernorats d'Alep et d'Idleb", a rapporté l'agence officielle Sana.

L'opération militaire lancée à la mi-décembre par le régime a tué plus de 300 civils selon l'OSDH, et provoqué l'exode de 586.000 civils, d'après l'ONU.

L'avancée des forces du régime suscite le courroux de la Turquie qui avait convenu en septembre 2018 avec la Russie de créer une "zone démilitarisée" sous contrôle russo-turc dans cette région.

Depuis vendredi, 350 véhicules turcs ont franchi la frontière syro-turque en direction d'Idleb, selon l'agence de presse étatique turque Anadolu.

Pour le régime syrien, le front de la région d'Idleb représente la dernière grande bataille stratégique: Damas contrôle désormais plus de 70% du territoire national, selon l'OSDH.

Le conflit en Syrie a fait plus de 380.000 morts depuis 2011 et jeté sur la route de l'exil plus de la moitié de la population d'avant-guerre.