L'accord annoncé par la Russie et la Turquie sur un cessez-le-feu dans le nord-ouest de la Syrie est entré en vigueur vendredi, en vue de mettre un terme aux combats intenses qui ont provoqué une catastrophe humanitaire et fait craindre un affrontement entre leurs armées.

Quelques minutes avant le cessez-le-feu entré en vigueur à minuit dans la province d'Idleb, les bombardements se poursuivaient encore dans la région, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), tandis que deux soldats turcs ont été tués par les forces du régime syrien, selon le ministère turc de la Défense.

L'OSDH a fait état d'un calme "relatif" dans la région, marqué notamment par un arrêt des frappes aériennes russe et syriennes.

Cette accalmie a toutefois été "ponctuée de plusieurs tirs d'artillerie menés par les forces du régime syrien sur des positions des groupes insurgés" dans des segments des provinces d'Alep et de Hama, jouxtant la province d'Idleb, et contrôlés par les jihadistes et les rebelles.

Après plus de six heures de négociations au Kremlin, le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé au cours d'une conférence de presse commune avec M. Poutine ce cessez-le-feu, ajoutant qu'il oeuvrerait avec son homologue russe à le rendre "durable".

Selon le texte de l'accord consulté par l'AFP, leurs deux pays organiseront à partir du 15 mars des patrouilles communes sur une large portion de l'autoroute M4, un axe crucial pour le régime traversant la région syrienne d'Idleb. Ce sera la première fois que Russes et Turcs patrouillent ensemble dans cette zone.

Moscou et Ankara ont aussi prévu de mettre en place un "couloir de sécurité" de six kilomètres de profondeur de part et d'autre de cette autoroute, soit une zone tampon de 12 kilomètres de large au total. Les paramètres définissant cette zone seront définis sous sept jours, selon le texte.

L'accord doit mettre un terme à des semaines d'intenses combats autour d'Idleb, l'ultime bastion des rebelles et des jihadistes dans le nord-ouest de la Syrie où la Turquie est intervenue contre les forces du régime de Bachar al-Assad, soutenues par la Russie.

Ces violences ont provoqué une catastrophe humanitaire, avec près de 500 civils tués et environ un million de personnes déplacées vers la frontière turque.

- Des déplacés déçus -

"Notre objectif est d'éviter que la crise humanitaire n'empire", a déclaré M. Erdogan, prévenant toutefois que son pays "se réserve le droit de répliquer de toutes ses forces et partout à toute attaque du régime" de Damas.

S'exprimant avant son homologue turc, M. Poutine avait émis l'espoir que ce texte serve de "base solide pour mettre un terme aux combats dans la zone de désescalade d'Idleb" et pour "stopper les souffrances de la population civile".

Parmi la population, certains déplacés d'Idleb ont affirmé avoir été déçus par l'accord.

"Nous vivions dans l'espoir de revenir chez nous", a déclaré à l'AFP Mouawiya Agha, un père de quatre enfants, en allusion à la résistance farouche opposée ces derniers jours par les insurgés, appuyés par Ankara.

"Cet accord a douché nos espoirs", a ajouté cet homme de 33 ans, originaire de ville de Sarmine dans le sud d'Idleb, reconquise par les forces du régime.

"Je ne pense pas que cet accord fera long feu. Il finira comme ceux qui l'ont précédés", poursuit-il, en référence notamment à l'accord russo-turc conclu en 2018 pour éviter une offensive d'envergure à Idleb et resté lettre morte.

L'intensification des combats à Idleb avait abouti à des tensions diplomatiques entre la Russie, un allié du régime syrien, et la Turquie, qui appuie les rebelles, faisant planer un risque d'affrontement direct entre ces deux pays qui se sont imposés en tant que principaux acteurs internationaux dans le conflit syrien.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a espéré jeudi que l'accord de cessez-le-feu conclu entre la Turquie et la Russie pour la province d'Idleb en Syrie "mènera à une cessation des hostilités immédiate et durable" au bénéfice de la population qui "a déjà enduré une souffrance énorme".

Jeudi encore, au moins 15 civils, dont un enfant, ont péri dans des frappes aériennes russes à Idleb, selon l'OSDH).

La Turquie, qui accueille déjà 3,6 millions de Syriens sur son sol, a réclamé mercredi un soutien européen aux "solutions politiques et humanitaires turques en Syrie", indispensable selon elle pour mettre en place une trêve et régler la crise migratoire.