Des combats ont opposé lundi soldats turcs et syriens dans le nord-ouest de la Syrie, l'une des plus graves confrontations entre les deux camps dans le pays en guerre, qui a fait plus de 20 morts.

Cette escalade d'une violence inédite a fait monter la tension entre la Turquie, qui soutient des groupes rebelles en Syrie, et la Russie, principal soutien du régime syrien de Bachar al-Assad dans sa guerre contre les insurgés et les jihadistes.

Les combats qui ont duré plusieurs heures ont eu lieu dans la provinces d'Idleb ainsi que dans des secteurs des provinces voisines de Hama et Lattaquié. Ils sont les plus graves depuis l'intervention de la Turquie dans le conflit syrien en 2016 pour combattre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) et éloigner les forces kurdes syriennes de sa frontière.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les affrontements ont éclaté avant l'aube après l'arrivée d'un convoi turc de 240 camions et blindés qui se sont déployés près de la localité de Saraqeb dans la province d'Idleb, que le régime syrien veut reprendre.

Ils ont été déclenchés par des tirs du régime sur des positions turques, a précisé l'OSDH.

L'armée turque a indiqué avoir répliqué et "détruit plusieurs cibles". Selon Ankara, cinq militaires et trois membres du personnel civil turcs ont été tués, et neuf soldats blessés.

"Nous avons dit +Ce n'est plus possible+, et nous avons apporté la riposte appropriée", a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan en commentant la riposte turque. "Que ce soit par des bombardements aériens ou d'artillerie, nous leur faisons payer le prix (...)".

- Versions contradictoires -

Côté syrien, au moins treize soldats ont péri et vingt blessés, selon l'OSDH. Mais l'agence officielle syrienne Sana a démenti tout décès dans les rangs de l'armée.

Selon Ankara, les militaires turcs visés ont été envoyés à Idleb pour renforcer les quelque 12 postes d'observation turcs dans la région.

La Russie a affirmé ne pas avoir été avertie de ces renforts turcs. Mais Ankara a assuré que les Russes avaient été avertis "un jour avant".

Les confrontations directes meurtrières entre la Turquie et les forces prorégime ont été très rares depuis le début de la guerre en mars 2011. Ankara et Moscou jouent un rôle incontournable dans le conflit.

M. Erdogan a de nouveau appelé Moscou à "assumer ses obligations" à Idleb, alors que les deux pays avaient parrainé une trêve censée entrer en vigueur mi-janvier dans la province d'Idleb, dernier grand bastion dominé par les jihadistes en Syrie.

Mais cette trêve est restée lettre morte et le régime Assad, épaulé par l'allié russe, a poursuivi son offensive dans cette province ainsi que dans des secteurs adjacents des provinces de Hama, Lattaquié et d'Alep.

Grâce à son aviation principalement, le régime Assad a gagné du terrain dans ces zones dominées par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche d'Al-Qaïda, et où sont présents des groupes rebelles affaiblis.

- 14 civils tués -

Pendant l'offensive du régime, 14 civils dont six enfants ont été tués et 20 blessés dans de nouveaux raids russes dans l'ouest de la province d'Alep, selon un nouveau bilan de l'OSDH.

"Des avions de combat ont visé une voiture qui transportait des déplacés", a dit à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Dans la province d'Idleb, les forces du régime visent à présent la ville de Saraqeb, située sur une autoroute clé reliant la ville d'Alep à la province côtière de Lattaquié.

Les forces gouvernementales ont pris un tronçon de l'autoroute et se sont emparés du village d'Al-Nerab, selon l'Observatoire. Elles se trouvent à 8 km de la grande ville d'Idleb.

Se disant "profondément préoccupé", le patron de l'ONU Antonio Guterres a appelé à cesser "immédiatement" les hostilités.

Le front d'Idleb représente la dernière grande bataille stratégique pour le régime Assad, qui contrôle désormais plus de 70% du territoire après avoir multiplié les victoires face aux jihadistes et rebelles.

Les forces syrienne sont déployées dans le nord-est du pays, tenu par les Kurdes, mais cette minorité continue d'y jouir d'une certaine autonomie. Des zones dans le nord sont tenues par les forces turques et leurs supplétifs syriens.

Déclenché par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie a fait plus de 380.000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.