Des démarches sont en cours pour prévenir une propagation du nouveau coronavirus à Idleb, région de Syrie où s'entassent des milliers de déplacés et qui est déjà le théâtre d'un drame humanitaire du fait de la guerre, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Aucun cas de Covid-19 n'a pour le moment été signalé en Syrie mais son "système de santé fragile pourrait ne pas être en mesure de détecter et de répondre" à une épidémie, a indiqué dimanche à l'AFP un porte-parole de l'organisation, Hedinn Halldorsson.

Le risque d'une apparition du virus est particulièrement préoccupant à Idleb, où quelque trois millions de personnes sont prises au piège, cette région du nord-ouest syrien ayant fait l'objet ces derniers mois d'intenses bombardements du régime et de son allié russe contre l'ultime grand bastion rebelle et jihadiste du pays.

Près d'un million de personnes ont été déplacées depuis décembre dans le cadre de l'offensive de Damas dans cette province, où les camps déjà saturés continuent de voir affluer des déplacés, malgré la récente annonce d'un cessez-le-feu.

Les infrastructures médicales, ravagées après près de neuf ans de guerre, ont été ciblées lors de récents bombardements.

Incapable d'assister la population depuis les territoires contrôlés par le régime, l'OMS affirme apporter une assistance humanitaire aux populations du nord-ouest via la frontière turque toute proche.

"L'OMS s'est associée à plusieurs partenaires et aux autorités locales sanitaires, (...) avec un plan d'action intégré", a souligné M. Halldorsson.

Les équipes médicales nationales sont "en cours de formation et les laboratoires d'Idleb et Ankara sont en train d'être préparés et approvisionnés pour tester et diagnostiquer le virus en toute sécurité", a-t-il ajouté.

- Equipements "trop chers" -

La région d'Idleb bénéficie d'une rare période d'accalmie depuis l'entrée en vigueur vendredi de l'accord de cessez-le-feu russo-turc.

Mais si l'offensive reprend, beaucoup craignent qu'elle ne mette en péril les efforts de prévention vis-à-vis du virus.

S'il fait son apparition, la situation à Idleb sera "particulièrement propice à une propagation", a souligné auprès de l'AFP Misty Buswell, du Comité international de secours (IRC).

"Une épidémie serait dévastatrice pour des milliers (de personnes) dont l'état de santé est déjà fragilisé par le manque de nourriture, d'eau potable et par l'exposition au froid", a-t-elle ajouté.

L'IRC se concentre sur le "développement des mesures de prévention" et la sensibilisation tout en fournissant le matériel médical nécessaire et en renforçant la surveillance, selon elle.

Mustapha al-Abdo, du département de la Santé à Idleb, a lui demandé la mise en place d'un centre médical isolé pour recevoir d'éventuels malades.

Il a également appelé les organisations humanitaires à équiper les professionnels de santé de tests, masques, gants et autres équipements de prévention.

Des médecins locaux se mobilisent également.

Près de la frontière turque dimanche, Zaher Hanak, un médecin syrien, a donné une conférence sur la prévention sanitaire face au nouveau coronavirus devant une vingtaine de personnes.

Cette conférence était nécessaire pour combattre le manque d'information du public, a-t-il dit à l'AFP.

"Les autorités locales cherchent actuellement un endroit pour la mise en quarantaine" de cas potentiels, a ajouté M. Hanak. Mais certains équipements pour détecter le virus sont indisponibles car ils sont trop chers, a alerté le médecin.