La guerre en Syrie entre dimanche dans sa dixième année, avec un régime ayant réussi à se maintenir à la tête d'un pays à la population épuisée et à l'économie laminée, où des puissances étrangères aux intérêts divergents jouent des muscles.

Au moins 384.000 personnes, dont plus de 116.000 civils, ont péri dans le conflit, déclenché en mars 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays.

L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a déploré la durée et la nature "horrible" du conflit, "preuve d'un échec collectif de la diplomatie", à la veille du 9e anniversaire de la guerre.

Au prix de bombardements dévastateurs, et grâce au soutien des alliés russe et iranien, le régime de Bachar al-Assad a enchaîné les reconquêtes de régions tombées sous contrôle des insurgés. A ce jour, il est parvenu à reprendre plus de 70% du pays.

Le principal front actuel de la guerre est la région d'Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans le nord-ouest, qui bénéficie depuis le 6 mars d'une trêve précaire, après plusieurs mois d'une offensive du régime.

Prévue par cette trêve, une "première patrouille conjointe russo-turque" s'est tenue dimanche sur un tronçon de l'autoroute M4 à Idleb, ont indiqué les ministères de la Défense des deux pays.

L'initiative semble avoir été surtout symbolique. "L'itinéraire" de la patrouille a été "raccourci" en raison de "provocations", a fustigé Moscou, accordant un délai supplémentaire a la Turquie, pour "garantir la sécurité des patrouilles".

Quelque 200 personnes se sont rassemblées sur l'autoroute, où des pneus ont été brûlés et des branches d'arbres empilées en vue d'empêcher le passage des blindés, selon un correspondant de l'AFP sur la M4 --qui relie Alep (nord) à Lattaquié (ouest).

Cette manifestation s'est tenue au sud de la localité d'Al-Nayrab, à environ 5 km du village de Tronba, d'où est partie la patrouille selon des agences de presse russes.

- "On a tout perdu" -

Appuyé par l'allié russe, le pouvoir était reparti à l'assaut en décembre contre Idleb. L'offensive a entraîné la mort de près de 500 civils, selon l'OSDH, et a déplacé environ un million de personnes, d'après l'ONU.

"Je n'ai jamais connu des jours aussi durs", lâche Siham Abss, 50 ans, installée avec sept de ses enfants dans un camp de déplacés.

Là, les tentes de bâches en plastique s'alignent le long des routes boueuses, battues par les vents, les civils survivant dans des conditions déplorables.

Cette semaine, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a déploré "une décennie de combats qui n'a apporté que des ruines et la misère".

"Les civils paient le plus lourd tribut", a-t-il regretté.

C'est à Deraa (sud) que l'étincelle de la révolte est partie, en mars 2011: des adolescents, inspirés par le Printemps arabe en Tunisie et en Egypte, avaient écrit sur les murs de leur école des slogans anti-Assad.

Les manifestations ont gagné les grandes villes. Avec la répression sanglante, des factions rebelles sont apparues. Le conflit s'est encore complexifié avec la montée en puissance des jihadistes, notamment du groupe Etat islamique (EI).

La guerre a provoqué l'exode de plus de 11 millions de personnes, déplacés et réfugiés, se pressant parfois aux portes de l'Europe.

"Les violations des droits humains, les crimes, les destructions et le dénuement ont atteint une échelle monumentale", s'est ému samedi M. Pedersen.

- "Tant d'années de souffrance" -

Non seulement toutes les initiatives diplomatiques visant à mettre un terme à la guerre ont échoué, mais aujourd'hui pas moins de cinq armées étrangères interviennent d'une façon ou d'une autre en Syrie.

Les troupes iraniennes et russes sont venues à l'aide du régime, un temps très affaibli.

Les troupes américaines, stationnées dans le nord-est où les Kurdes jouissent d'une semi-autonomie, ont activement participé à la lutte anti-EI, mais veulent aussi enrayer l'influence iranienne.

Au même titre qu'Israël, qui mène régulièrement des frappes contre des positions du régime, de l'Iran ou du Hezbollah libanais.

La Turquie voisine, qui soutient des groupes armés rebelles, a déployé des soldats dans le nord du pays, voulant, entre autres, éviter un nouvel afflux de réfugiés.

La guerre a laminé les infrastructures du pays, entraînant des destructions estimées à quelque 400 milliards de dollars.

Plus de la moitié des installations médicales ne sont pas fonctionnelles, deux écoles sur cinq ne peuvent pas être utilisées, les prix des produits de base ont été multipliés par vingt, selon l'Agence de l'ONU pour l'enfance (Unicef).

"Notre message est clair: arrêtez de frapper les écoles et les hôpitaux. Arrêtez de tuer et de mutiler les enfants", a asséné l'organisation.

Près de cinq millions d'enfants syriens sont nés durant la guerre et un million d'autres en exil, a-t-elle indiqué dimanche.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné vendredi la nécessité "d'aider la population à soigner les séquelles physiques et psychologiques de tant d'années de souffrance".

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