L'ONU se prononce vendredi sur une résolution germano-belge prolongeant à l'identique l'autorisation d'aide humanitaire transfrontalière aux Syriens, expirant dans la soirée. Trois jours après un veto, la Russie bloquera-t-elle à nouveau cette assistance vitale?

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Moscou a mis sur la table du Conseil de sécurité un nouveau contre-projet réduisant cette autorisation, semblant indiquer qu'il allait utiliser une nouvelle fois son veto, selon des diplomates.

A l'issue du vote écrit qui est en cours sur la résolution germano-belge et dont l'issue sera connue à la mi-journée, la Russie pourrait demander un nouveau scrutin.

"Nous rejetons catégoriquement les affirmations selon lesquelles la Russie veut arrêter la livraison d'aide humanitaire à la population syrienne dans le besoin", a souligné dans un tweet l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU, Dmitry Polyanskiy.

Pour l'ONG Oxfam, arrêter l'aide transfrontalière porterait "un coup dévastateur aux millions de familles syriennes qui en dépendent pour l'eau potable, la nourriture, les soins et le logement".

Mardi, Moscou et Pékin avaient mis un premier veto à un projet de l'Allemagne et de la Belgique renouvelant pour un an l'autorisation de l'ONU, en maintenant dans le nord-ouest ses deux points d'entrée actuels à la frontière turque: à Bab al-Salam, menant à la région d'Alep, et à Bab al-Hawa, desservant la région insurgée d'Idleb où vivent près de quatre millions de Syriens.

Le dispositif transfrontalier de l'ONU permet de distribuer de l'aide humanitaire à des déplacés syriens sans l'aval de Damas.

Moscou, qui juge qu'il empiète sur la souveraineté de son allié syrien, avait déjà réussi en janvier à imposer à l'ONU de le réduire fortement, de quatre à deux points d'accès et pour six mois contre un an depuis sa création en 2014.

La Russie avance que plus de 85% de l'aide apportée actuellement passe par Bab al-Hawa et qu'en conséquence le point d'entrée de Bab al-Salam peut être fermé. Un texte proposé en ce sens par Moscou a été rejeté mercredi lors d'un vote, ne recueillant que quatre voix (Russie, Chine, Vietnam et Afrique du Sud), loin des neuf nécessaires pour le faire adopter sans vote négatif d'un membre permanent du Conseil.

- Concession -

Chargées du volet humanitaire du dossier syrien à l'ONU, l'Allemagne et la Belgique, deux membres non permanents, sont ensuite revenues à la charge avec le texte en cours de vote.

Seule concession à Moscou, les deux pays européens ne proposent plus qu'une prolongation de six mois du dispositif mais gardent les deux points d'accès actuels au territoire syrien.

Pour l'ambassadrice américaine à l'ONU Kelly Craft, ils sont nécessaires "pour atteindre le maximum de Syriens qui ont besoin d'aide humanitaire". Interrogée lors d'un entretien mercredi avec l'AFP pour savoir si c'était une "ligne rouge", elle a répondu: "Oui, absolument".

Selon elle, supprimer le point d'entrée de Bab al-Salam reviendrait à couper 1,3 million de Syriens de toute aide humanitaire au nord d'Alep.

Un diplomate a déploré l'"épreuve de force" dans laquelle est engagé le Conseil de sécurité, un bras de fer qui pourrait s'éterniser.

"Si l'autorisation est renouvelée avec quelques jours de retard, ce n'est pas non plus totalement la fin du monde. Ca suspend les convois pendant quelques jours, ça ne les met pas en danger", note un autre diplomate sous couvert d'anonymat.

Pour l'ONU, maintenir le plus possible de points de passage est crucial, surtout face au risque de la pandémie de Covid-19 qui gagne la région.

Dans un rapport en juin, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait réclamé le prolongement du dispositif pour un an, incluant les deux points d'accès actuels.

"Nous avons besoin que davantage d'aide passe par la frontière, pas qu'il y en ait moins", a insisté jeudi son porte-parole, Stéphane Dujarric, à la question de savoir si l'ONU pouvait se contenter d'un seul point de passage pour entrer en Syrie.