Les forces kurdes en Syrie ont lancé dimanche une opération de sécurité dans le camp de déplacés d'Al-Hol secoué par des meurtres en série, a indiqué une ONG, rapportant des dizaines d'interpellations parmi des résidents soupçonnés d'appartenance au groupe Etat islamique (EI).

Deux responsables médias des Forces démocratiques syriennes (FDS) ont confirmé l'opération, l'un assurant qu'elle durerait une dizaine de jours au moins, l'autre qu'elle se déroulait en coopération avec la coalition internationale anti-EI.

L'ONU a maintes fois mis en garde contre une détérioration de la situation sécuritaire à Al-Hol, devenu une véritable cité de tentes où vivent près de 62.000 personnes, dont 93% de femmes et d'enfants, dans le nord-est de la Syrie en guerre.

Au moins 40 personnes y ont été tuées depuis le début de l'année, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Al-Hol accueille des familles syriennes, irakiennes, mais aussi des étrangères d'Europe ou d'Asie avec leurs enfants.

Dimanche à l'aube, les forces kurdes ont lancé "une importante opération sécuritaire (...) contre l'organisation Etat islamique" dans le camp et le village attenant, où des opérations de ratissage ont été menées, a indiqué l'OSDH.

La coalition internationale emmenée par Washington pour lutter contre les jihadistes fournit "un soutien en matière de renseignements et une surveillance aérienne", selon un des responsables médias des FDS interrogés par l'AFP.

L'opération est conduite notamment avec la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG) et la police locale, a précisé à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, assurant qu'un couvre-feu a été instauré.

"Plus d'une trentaine de femmes et d'hommes ont été interpellés", a-t-il indiqué. "Les arrestations se poursuivent".

Les personnes arrêtées parmi les familles syriennes ou étrangères sont "soupçonnées de soutenir l'EI", a indiqué M. Abdel Rahmane.

- "Dernier vestige du +califat+" -

Le camp a été secoué par plusieurs incidents impliquant parfois des partisans de l'EI, dont des tentatives d'évasion et des attaques contre des gardes ou des employés d'ONG.

Les responsables kurdes pointent du doigt des cellules de l'EI pour les meurtres menés depuis le début de l'année, mais une source humanitaire avait aussi évoqué des tensions tribales.

Fer de lance de la lutte anti-EI en Syrie, les FDS, soutenues par Washington, avaient annoncé le 23 mars 2019 la chute du "califat" de l'EI, avec la conquête de l'ultime bastion de Baghouz au terme de batailles meurtrières et dévastatrices.

Mais deux ans plus tard le groupe jihadiste lance encore des attaques meurtrières dans le vaste désert syrien, visant les forces kurdes comme l'armée du régime de Bachar al-Assad.

Et c'est sans compter les 11.0000 jihadistes détenus dans les prisons kurdes, selon l'ONU, ou leurs femmes et enfants retenus dans des camps, que certains considèrent comme de véritables bombes à retardement.

"Certains détenus perçoivent al-Hol comme le dernier vestige du +califat+", soulignait en février un rapport onusien, selon lequel environ 10.000 femmes et enfants étrangers vivent dans une annexe qui leur est réservée.

"Des cas de radicalisation, de formation, de collecte de fonds et d'incitation à des opérations extérieures ont été signalés", ajoutait le rapport. "Certains mineurs seraient endoctrinés et préparés pour devenir de futurs combattants" de l'EI.

Les autorités kurdes appellent régulièrement les pays concernés à rapatrier femmes et enfants.

Cependant, la plupart des pays, notamment européens, rechignent à reprendre leurs citoyens. Certains, dont la France, ont rapatrié un nombre limité d'enfants orphelins.

"Le danger de l'EI ça reste les milliers de détenus et les milliers de familles dans les camps d'Al-Hol et de Roj, qui gardent l'idéologie extrémiste", ont averti mardi les FDS, pointant du doigt "le manque d'action sur la scène internationale pour résoudre ce dossier".

Au total, quelque 43.000 étrangers sont toujours retenus par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, des hommes dans les prisons, des femmes et des enfants dans les camps, selon Human Rights Watch (HRW).