Après avoir laissé le champ libre à une offensive turque contre les forces kurdes en Syrie, Donald Trump, sous la pression internationale et de son propre camp, a fait marche arrière dans la confusion, mettant la Turquie en garde contre tout excès.

"Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j'estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l'économie de la Turquie", a tweeté le président des États-Unis.

Faisant fi de ces avertissements, le vice-président turc Fuat Oktay a rejeté mardi les "menaces" américaines et le ministère turc de la Défense a affirmé que l'armée avait achevé ses préparatifs "en vue d'une opération" dans le nord de la Syrie contre les miliciens kurdes des milices YPG, considérées comme "terroristes" par Ankara.

Dans la foulée d'un coup de fil entre Donald Trump et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, la Maison Blanche avait créé la surprise dimanche soir en annonçant le retrait des forces américaines stationnées dans cette région et en semblant donner le feu vert à une opération turque.

"Il est temps pour nous de sortir de ces guerres ridicules et sans fin, dont beaucoup sont tribales, et de ramener nos soldats à la maison", avait ensuite tweeté, tôt lundi matin, le président Trump, accréditant l'idée d'un retrait plus vaste, sinon total, de Syrie.

Cette décision a créé un tollé y compris au sein du camp républicain. M. Trump a été assailli par une vague de réprobations, jusque dans le camp du président, qui, confronté à une procédure de destitution, a pourtant plus que jamais besoin du soutien des élus républicains.

Le sénateur Lindsey Graham, souvent prêt à le défendre, l'a appelé à "revenir" sur ce retrait "porteur de désastre".

Les responsables américains se sont employés à se démarquer de toute opération militaire d'Ankara et à minimiser le départ des soldats américains déployés près de la frontière turque: il ne s'agit que de 50 à 100 membres des forces spéciales qui sont "redéployés vers d'autres bases à l'intérieur de la Syrie", et en aucun cas d'un "retrait" généralisé.

- L'ONU craint le "pire" -

Le reste de la communauté internationale a aussi mis en garde contre les conséquences d'une offensive turque, à l'instar de l'ONU qui dit se "préparer au pire" en cas de nouvelle crise humanitaire en Syrie, où le conflit a fait depuis 2011 des millions de déplacés et réfugiés et a coûté la vie à plus de 370.000 personnes.

La France a exhorté la Turquie à "éviter une initiative" qui nuirait à la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Elle a aussi plaidé pour que la détention des jihadistes étrangers, dont de nombreux français, dans les camps du nord-est syrien sous contrôle kurde reste "sûre".

Téhéran, autre acteur majeur du conflit syrien, a aussi dit son opposition: lors d'un entretien avec son homologue turc lundi soir, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a "appelé au respect de l'intégrité territoriale", selon un communiqué iranien.

Si les responsables américains martèlent désormais n'avoir donné aucun "feu vert" à une opération turque, ils confirment aussi que les Etats-Unis n'y feront pas barrage militairement.

Les FDS ont accusé les Etats-Unis de "détruire la confiance et la coopération" et averti qu'une opération turque entraînerait une résurgence de l'EI.

En attendant, des dizaines de personnes ont manifesté à Al-Qahtaniya, une ville syrienne à majorité kurde près de la frontière turque, pour dénoncer le retrait américain.

Dès lundi matin, les forces américaines avaient quitté des positions-clés à Ras al-Aïn et Tal Abyad vers une base militaire située entre ces deux secteurs, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), dont les YPG sont la principale composante, ont creusé des tranchées et des tunnels dans ces zones ainsi que près de Kobané en prévision d'un assaut, d'après l'OSDH.

La Turquie a déjà mené deux offensives dans le nord de la Syrie, la première en 2016 contre l'EI et la deuxième en 2018, à Afrine, contre les YPG.

La semaine dernière, M. Erdogan avait prévenu que la Turquie arrivait à bout de patience vis-à-vis des Etats-Unis au sujet de la création d'une "zone de sécurité" dans le nord de la Syrie, convenue entre les deux pays en août.

burs-fff-gkg/ezz/cf