L'Allemagne et la Belgique ont demandé un vote au Conseil de sécurité de l'ONU sur un projet de résolution prolongeant l'aide humanitaire transfrontalière en Syrie auquel devrait s'opposer la Russie avec un veto, selon des diplomates.

Le résultat du vote est attendu mardi en fin de journée. "On va avoir un veto russe", a estimé sous couvert d'anonymat un diplomate, une prédiction partagée par d'autres sources diplomatiques.

Le projet de l'Allemagne et de la Belgique, deux membres non permanents du Conseil de sécurité chargés du volet humanitaire du dossier syrien à l'ONU, réclame un an de prolongation de l'autorisation qui s'affranchit de tout aval de Damas pour acheminer de l'aide humanitaire.

Le texte maintient les deux points d'entrée utilisés actuellement à la frontière turco-syrienne, à Bab al-Salaam et Bab al-Hawa et demande une extension pour un an, jusqu'au 10 juillet 2021, du dispositif qui expire ce vendredi.

Des diplomates avaient indiqué la semaine dernière à l'AFP que la Russie, pendant les négociations, avait réclamé une extension de seulement six mois et de supprimer le point d'entrée de Bab al-Salaam moins utilisé que celui de Bab al-Hawa.

L'accès par cette dernière localité permet notamment d'acheminer de l'aide humanitaire aux quelque 3 à 4 millions de personnes vivant dans la région d'Idleb (nord-ouest) qui échappe au contrôle de Damas.

Si la Russie met son veto au texte germano-belge, une position que pourrait aussi adopter la Chine, il s'agira du 15e veto russe depuis le déclenchement de la guerre en Syrie en 2011.

- "Les gens souffrent" -

Outre les Occidentaux, qui plaident pour une prolongation de l'autorisation et même pour son renforcement alors que la pandémie de Covid-19 a gagné la Syrie, l'ONU a aussi plaidé pour un an d'extension avec au moins deux points d'entrée à la frontière turque.

En janvier, Moscou, premier soutien de la Syrie et en position de force sur ce dossier à l'ONU, avait déjà fait réduire le nombre de points d'entrée de quatre à deux et avait limité l'autorisation à six mois au lieu de l'accord annuel donné jusque-là.

La Russie, comme la Chine, considère que l'autorisation onusienne viole la souveraineté de la Syrie et que l'aide peut passer par les autorités syriennes à la faveur de leur reprise de contrôle de territoires.

Les deux pays avaient fin décembre utilisé un veto pour s'opposer à la volonté germano-belge de prolonger l'autorisation d'un an avec quatre poins d'entrée dans le pays. L'utilisation de son veto par Pékin avait surpris des diplomates, certains évoquant une première à ce sujet pour un texte à vocation humanitaire.

Les Occidentaux reconnaissent que l'autorisation transfrontalière est une violation de la souveraineté de la Syrie sur son territoire. Mais ils jugent que ce dispositif n'a pas d'alternative crédible. Ils mettent notamment en avant les multiples obstacles bureaucratiques posés par le régime syrien à l'acheminement de l'aide lorsqu'elle passe par Damas.

Dans un rapport fin juin, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a réclamé une prolongation pour un an du dispositif transfrontalier et le maintien des deux points d'entrée actuels à la frontière turque.

Dans ce document, Antonio Guterres indique que, depuis 2014, 4.774 camions ont utilisé le point d'entrée de Bab al-Salaam et 28.574 celui de Bab al-Hawa.

"Nous espérons un consensus" et le projet de texte germano-belge "correspond au besoin du département des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha)", a indiqué mardi matin l'ambassadeur allemand auprès des Nations unies, Christoph Heusgen.

Selon un rapport publié mardi par l'ONU à Genève, la région d'Idleb, dernier bastion insurgé du nord-ouest de la Syrie, continue de subir une situation humanitaire désastreuse.

Figurant parmi les auteurs du rapport, Hanny Megally, a souligné lors d'une conférence de presse que l'"économie de la Syrie était dévastée". "Le pays connaît un conflit depuis neuf ans" et "les gens souffrent", a-t-elle relevé, en espérant une prolongation du dispositif transfrontalier de l'ONU.