Le Tadjikistan vote dimanche lors d'élections législatives qui devraient voir triompher le parti du président Emomali Rakhmon, l'opposition ayant été en grande partie neutralisée par l'interdiction du principal parti critique du pouvoir.

Il s'agit des premières élections organisées dans cette ex-république soviétique depuis que la Cour suprême a interdit en 2015 le Parti de la renaissance islamique, parti religieux modéré classé comme "extrémiste" et "organisation terroriste".

Le Parti démocratique populaire du Tadjikistan au pouvoir a donc un boulevard devant lui, un scénario familier en Asie centrale. Une mission réduite d'observateurs électoraux de l'OSCE supervise néanmoins le vote, qui a commencé à l'aube.

Dans le Parlement sortant, la formation du chef de l'Etat contrôle 51 sièges sur 63. Et les autres partis représentés sont considérés comme étant largement acquis à la cause du président Emomali Rakhmon, 67 ans, qui gouverne le pays d'une main de fer depuis 1992.

La seule formation d'opposition qui participe au scrutin, le Parti social-démocrate du Tadjikistan, n'a encore jamais réussi à faire élire de député.

Son vice-président, Chokir Hakimov, a jugé ces échecs électoraux imputables à "de mauvaises lois électorales et des falsifications". Il accuse aussi les autres petits partis en course d'être "des structures politiques créées artificiellement pour jouer le jeu" du pouvoir.

- Tournant de 2015 -

Les dernières élections, en 2015, avaient marqué un tournant pour le Tadjikistan, pays enclavé à majorité musulmane largement dépendant de la Russie et de la Chine pour maintenir à flot son économie.

Le Parti de la renaissance islamique avait eu zéro député, pour la première fois depuis la fin d'une guerre civile entre pouvoir pro-communiste et rebelles intégristes musulmans. Le conflit avait fait plus de 100.000 morts entre 1992 et 1997.

Un accord de paix avait été trouvé en 1997 sous l'égide de l'allié russe, garantissant un rôle à l'opposition dans la vie politique du pays.

Après ces législatives de 2015, le principal parti d'opposition a été banni et onze de ses cadres emprisonnés.

Le président Rakhmon n'a eu de cesse de renforcer son emprise depuis, s'arrogeant le droit de gouverner indéfiniment par un référendum organisé en 2016.

Selon des observateurs, son fils Roustam Emomali, maire de la capitale Douchanbé, serait son dauphin.

A l'approche des élections de dimanche, un journaliste reconnu et critique du gouvernement, Daler Charipov, a été emprisonné. Ces derniers mois, plus de 100 personnes ont aussi été arrêtées lors d'opérations de police visant les milieux islamistes, en particulier le mouvement interdit des Frères musulmans.

Longtemps considéré comme le pays le plus pauvre de l'ancien bloc soviétique, le Tadjikistan a vu son taux de pauvreté diminuer depuis 20 ans, pour atteindre 29%, selon des chiffres de 2017. Néanmoins les problèmes économiques restent un souci majeur pour les Tadjiks.

Mansour, un commerçant de 39 ans croisé au marché central de la ville, espère la fin des hausses d'impôts qui "tous les ans forcent des centaines de petits commerçants à fermer boutique".

"En février ils les ont encore augmentés. A qui cela profite-t-il?", s'indigne-t-il.

Mukhabbat Rakhimova, enseignante à Douchanbé, s'est dite heureuse de voter dans une école. "Je veux que les parlementaires que nous élisons apportent des contributions importantes à l'éducation", a-t-elle déclaré à l'AFP.

Du fait de la pauvreté, des centaines de milliers de Tadjiks vivent et travaillent en Russie, permettant ainsi à leurs proches restés au pays d'assurer leur subsistance.

Les bureaux de vote seront ouverts aux 4,7 millions d'électeurs jusqu'à 15H00 GMT. Les premiers résultats sont attendus lundi.