Embourbé dans les polémiques sécuritaires, Jean Castex a remis sur le haut de la pile les dossiers sanitaires en annonçant mercredi des campagnes de dépistage massif et la possible mise à l'isolement des Français allant skier à l'étranger, à la veille d'une conférence de presse dédiée aux vaccins.

Le Premier ministre est revenu au micro de BFMTV/RMC sur les sujets épidémiques à l'approche d'une période des fêtes dont l'exécutif craint qu'elle ne favorise la circulation du virus.

A la veille de détailler plus amplement la stratégie vaccinale française lors d'une conférence de presse jeudi, M. Castex a précisé qu'avaient été "pré-commandé de quoi vacciner 100 millions de personnes".

Une première vague pour les publics prioritaires (pensionnaires d'Ehpad, personnels soignants) pourrait intervenir entre la fin du mois et le début janvier, mais les enjeux logistiques et pédagogiques sont énormes afin de réussir la phase grand public dont le démarrage est prévu entre avril et juin.

Après des cafouillages sur les masques et tests, l'exécutif ne veut pas rater le tournant des vaccins, alors que le voisin britannique est devenu mercredi le premier pays à approuver l'utilisation massive du vaccin de Pfizer/BioNTech, déployé dès la semaine prochaine.

Parallèlement, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a annoncé mercredi que trois essais de vaccins devraient démarrer à partir de la mi-décembre en France avec la participation de 2.200 volontaires.

- Dépistages à Saint-Etienne et au Havre -

Comme annoncé par le Premier ministre plus tôt dans la matinée, des dépistages massifs du Covid-19 vont être organisés à Saint-Etienne, au Havre ainsi que dans une troisième ville qui devrait être dans le département du Nord, a appris l'AFP de source gouvernementale.

M. Castex a aussi rappelé travailler à un "renforcement de l'effectivité" de l'isolement des personnes malades, sans exclure, "en dernière extrémité", des sanctions.

Selon les chiffres de Santé publique France, 313 patients malades du Covid-19 sont décédés à l'hôpital mercredi, contre 365 la veille, portant le total depuis le début de l'épidémie à 53.816.

Du côté des services de réanimation, les chiffres sont aussi à la baisse avec 3.478 patients hospitalisés en soins intensifs contre 3.594 la veille. Seul bémol, le nombre de nouveaux cas de contamination enregistrés au cours des dernières 24 heures qui s'élevait mercredi à 14.064, contre 8.083 mardi.

Une décrue qui permet d'envisager un nouveau relâchement des restrictions au 15 décembre. Dans cette lignée, M. Castex a proposé d'assouplir à "6 m2 par fidèle" la jauge du nombre de personnes autorisées à assister aux cérémonies religieuses, contre 30 personnes maximum actuellement.

Confronté à la fronde des associations catholiques à l'approche de Noël et retoqué par le Conseil d'Etat, M. Castex a précisé qu'"aucune décision" n'avait été officiellement prise. La question devrait être définitivement tranchée avant jeudi matin et, en guise de gage, le Premier ministre a évoqué la possibilité de "desserrer un petit peu la jauge" pour les cérémonies de Noël.

- Isolement des skieurs -

Le dossier de la fermeture des stations de ski françaises continue de son côté de feuilletonner, faute d'harmonisation européenne. Au nom de "l'équité", M. Castex a ainsi indiqué envisager une période d'isolement de sept jours pour les Français rentrant du ski à l'étranger afin de les empêcher "d'aller se contaminer dans les stations" suisses, espagnoles ou autrichiennes restées ouvertes.

Des contrôles aléatoires seront donc instaurés aux frontières, pour un isolement à domicile ou dans un lieu d'hébergement.

"On ne peut pas contrôler nos frontières pour éviter la venue des terroristes (comme celui de Nice), des clandestins, des trafiquants, mais comme par magie on peut contrôler les frontières pour empêcher les Français d'aller sur un tire-fesses suisse ?!", a ironisé la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen sur Twitter.

"En tant que députée d'une circonscription frontalière avec la Suisse, je sais que les policiers frontaliers ont bien d’autres sujets de préoccupation, comme le grand banditisme et la criminalité organisée!" a affirmé à l'AFP la députée LR de Haute-Savoie Virginie Duby-Muller.

Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a toutefois précisé à l'issue du Conseil des ministres avoir entendu "qu'il y avait des questions sur les modalités" de cet isolement et que la "discussion était en cours", en rappelant que les professionnels du ski avaient rendez-vous à Matignon le 11 décembre.

M. Attal n'a pas commenté en revanche le rapport de la commission d'enquête de l'Assemblée sur la gestion de l'épidémie, pilotée par LR, qui accable le gouvernement et son "pilotage défaillant de la crise".

M. Castex a en outre indiqué que les spectateurs ne seraient pas de retour dans les stades "avant le 15 décembre" alors qu'Emmanuel Macron avait évoqué janvier. Une lueur d'espoir pour le sport professionnel, à huis clos depuis près de deux mois.

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