Les forces de l'ordre irakiennes ont tiré mardi à balles réelles pour disperser à Bagdad le premier mouvement social d'envergure auquel fait face le gouvernement en poste depuis près d'un an, selon des journalistes de l'AFP.

Plus d'un millier de manifestants s'étaient réunis plus tôt dans la capitale pour dénoncer la corruption et réclamer des emplois et services publics.

"Les voleurs nous ont pillés", ont scandé les protestataires dont le pays est ravagé par la corruption et les guerres, et en pénurie chronique d'électricité et d'eau potable depuis des années.

Une cinquantaine de personnes ont été blessées, soit par des tirs de balles en caoutchouc soit en suffoquant du fait de grenades lacrymogènes lancées sur les manifestants, selon des sources policières et médicales.

Des policiers figurent parmi les blessés.

Alors que les forces de l'ordre ont tiré à de très nombreuses reprises pour disperser la foule, le son des balles était audible dans l'ensemble du centre de la capitale irakienne.

Plus tôt dans l'après-midi, les forces de l'ordre avaient fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes.

Mais alors que les manifestants refusaient de se disperser, les forces anti-émeutes se sont postées dans une haute tour désaffectée qui surplombe la place Tahrir, point de rendez-vous traditionnel des manifestations et le pont al-Joumhouriya, qui mène à la Zone verte où siègent l'ambassade américaine et le Parlement. C'est de là qu'ils ont tiré à balles réelles.

Traditionnellement, les cortèges prennent la direction de la Zone verte, quartier jusqu'à récemment ultrabunkerisé. Jusqu'ici, ils y étaient interdits d'accès par des murs de béton et barrages militaires.

En juin toutefois, elle a été ouverte à tous et une entrée des manifestants pourrait paralyser les institutions qui s'y trouvent.

Régulièrement, des défilés dénoncent la classe dirigeante du douzième pays le plus corrompu au monde selon Transparency International.

Selon les instances officielles, la corruption a englouti depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003 au moins 410 milliards d'euros, soit quatre fois le budget de l'Etat et plus de deux fois le PIB de l'Irak.

Parmi les manifestants mardi, certains appelaient sous une nuée de drapeaux irakiens à lancer un sit-in illimité et à maintenir la mobilisation jusqu'à obtenir "la fin de l'injustice" et "des services et des emplois".

Outre les slogans réclamant du travail pour les jeunes --dont le taux de chômage de 25% est deux fois supérieur à la moyenne nationale-- et des services publics, certains manifestants brandissaient des affiches de soutien au général Abdel Wahab al-Saadi.

Le patron du contre-terrorisme, des unités d'élite créées et armées par les Américains, a été mis à l'écart la semaine dernière par le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, provoquant une levée de boucliers contre une décision vue par des observateurs comme favorable aux factions pro-Iran en Irak.

Des manifestations qui avaient réduite à feu et à sang la ville portuaire et pétrolière de Bassora (sud) l'été 2018 avaient coûté au prédécesseur de M. Abdel Mahdi sa reconduction au poste de Premier ministre.