Bienvenue à Hong Kong: sa cuisine, ses gratte-ciel et sa quarantaine parmi les plus longues au monde... Recluse trois semaines, Lee Jung-soo a tué l'ennui en nourrissant les réseaux sociaux et en jouant de la guitare à sa peluche.

Dans l'ultime vidéo qu'elle a postée avant de sortir de sa chambre d'hôtel, on la voit retirant à l'aide d'un coupe-ongles le bracelet électronique qu'on lui avait mis, comme à toutes les personnes arrivant dans l'ex-colonie britannique, pour s'assurer qu'elle demeure entre quatre murs.

"C'est fini, liberté!", rayonne la Sud-Coréenne.

En décembre, Mme Lee était sur le point d'embarquer pour le territoire semi-autonome du Sud de la Chine quand le personnel de la compagnie aérienne l'a informée de ce que les autorités locales avaient porté la quarantaine obligatoire de deux à trois semaines. Et on lui demandait la preuve d'une réservation de trois semaines dans un hôtel agréé pour pouvoir monter dans l'avion.

Claustrophobes, passez votre chemin! Hong Kong est renommée pour sa densité de population et ses minuscules appartements. Et les hôtels ne dérogent pas à la règle de l'exigüité. Dans la plupart des chambres, les fenêtres ne s'ouvrent pas et rares sont celles qui ont un balcon.

Mme Lee, cheffe d'entreprise venue refaire sa vie dans le territoire semi-autonome, a tout fait pour garder son optimisme.

- "Se détendre" -

Pas moins de 70 publications en 21 jours sur Instagram: des photos de son petit déjeuner aux monologues sur ses dîners, en passant par ses vidéos de vocalises et de guitare avec Teddy, sa fidèle peluche.

Dans cette expérience d'enfermement, beaucoup, probablement, disjoncteraient. Mais pas Mme Lee.

"Il ne faut pas regarder les infos toute la journée car ce n'est pas bon de rester dans cet univers-là", poursuit-elle. "Il faut se détendre, prendre ça comme des vacances sans partir."

Hong Kong, un des premiers territoires touchés par la pandémie, ne totalise depuis un an qu'un peu plus de 10.000 contaminations, et 170 décès attribués au coronavirus. Un bilan qui a été obtenu au prix de restrictions drastiques.

Toutes les personnes qui entrent sont depuis près d'un an systématiquement testées et obligées d'observer une quarantaine. Celle-ci pouvait initialement se faire à domicile sous surveillance électronique, mais comme les foyers d'infection continuaient d'apparaître, les quarantaines à l'hôtel sont devenues obligatoires.

Elles sont d'ailleurs une source cruciale de revenus pour un secteur hôtelier aux abois faute de touristes et de voyageurs d'affaires.

Après l'apparition de variants plus virulents, cette réclusion a été portée à trois semaines et la quarantaine est devenue encore plus un luxe inabordable pour les revenus modestes.

- "Une randonnée" -

Dans ce contexte, les centaines de milliers de domestiques philippines ou indonésiennes ne sont plus en mesure de rentrer au pays pour les vacances, car cela impliquerait au retour une note d'hôtel dépassant leur salaire mensuel.

Ceux qui entrent à Hong Kong n'ont généralement pas le choix.

Xavier Tran, un actuaire de 33 ans, était en France quand l'allongement de la quarantaine a été annoncé.

Il s'est résolu à rentrer pour reprendre le travail. Il lui a fallu dépenser environ 12.000 HKD (1.280 euros) pour une chambre de 23 mètres carrés, tout en continuant de verser son loyer.

Le yoga a été sa planche de salut.

"La première chose que je voudrais faire en sortant est une randonnée", dit-il. "La seconde sera d'aller chez le coiffeur."

Christine Tobias, une secrétaire de 45 ans qui vit en Allemagne, est venue à Hong Kong enterrer son père, faute d'avoir pu arriver à temps pour le voir encore vivant.

Sa famille a retardé les obsèques pour qu'elle puisse être présente. "Tout est prêt", dit-elle. "Ils m'attendent."

Une fois que ses trois semaines de quarantaine à 17.000 HKD seront achevées, elle n'aura plus que deux semaines de congés avant de devoir rentrer en Allemagne.