A pied ou à bord de camionnettes, des milliers d'indigènes et de paysans équatoriens affluaient mardi vers la capitale Quito, à la veille d'une grande manifestation contre la hausse des prix du carburant décidée par le gouvernement de Lenin Moreno.

A environ deux kilomètres du palais Carondelet, siège du gouvernement situé dans le centre historique bouclé par la police, les manifestants étaient rassemblés dans le parc El Arbolito, devenu leur camp de base.

Mardi matin, tandis que les indigènes, poncho en laine aux couleurs vives sur les épaules et chapeau traditionnel en feutre sur la tête, prenaient leur petit déjeuner, des hommes armés de bâtons montaient la garde, a constaté l'AFP.

La veille, des incidents ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre à proximité des bâtiments officiels. En soirée, l'Assemblée nationale a dénoncé "les actes de vandalisme survenus aux abords immédiats du Palais législatif formant une tentative d'occupation du siège du Parlement" à Quito.

Le pays est secoué ces derniers jours par un mouvement social inédit depuis 2007, fait de blocages de routes, manifestations parfois violentes et grèves qui paralysent le pays.

Signe de cette tension croissante, les incidents ont poussé le gouvernement à décréter jeudi l'état d'urgence et à se délocaliser dans la ville portuaire de Guayaquil, capitale économique de ce petit pays andin.

Lundi soir, dans un discours radio-télévisé, le président Lenin Moreno, 66 ans, a réagi aux troubles en accusant le chef de l'Etat vénézuélien, "le satrape (Nicolas) Maduro", et son propre prédécesseur, Rafael Correa, d'avoir "activé" un "plan de déstabilisation".

En réponse, dans une vidéo diffusée mardi sur les réseaux sociaux, Rafael Correa, qui réside en Belgique, a nié toute tentative de putsch et demandé la tenue d'élections anticipées.

- Production pétrolière touchée -

"Il n'est pas question de putsch. En démocratie, les conflits se règlent dans les urnes et c'est exactement ce que nous demandons: (...) avancer les élections en cas de grave agitation sociale, comme celle que nous connaissons", a déclaré l'ex-président (2007-2017), farouche opposant de son ex-allié et successeur Lenin Moreno.

De son côté, la Confédération des nationalités indigènes de l'Equateur (Conaie), principale organe représentatif des peuples autochtones du pays, a pris ses distances avec l'ancien chef de l'Etat et les violences de la veille.

La Conaie "prend ses distances avec la plateforme putschiste du corréisme (courant de l'ex-président), nous luttons pour la sortie de l'Equateur du FMI. Nous ne permettrons pas que ceux qui nous ont criminalisé durant 10 ans récupèrent notre lutte et celle du peuple équatorien", a écrit cet organisme sur Twitter.

"Les actes de vandalisme signalés à proximité du (siège du) Contrôleur général et du Parlement n'ont rien à voir avec nos bases, notre lutte ne sera pas délégitimée", a ajouté la Conaie.

Par ailleurs, les activités pétrolières sur trois sites en Amazonie "ont été suspendues en raison de l'occupation des installations par des groupes de personnes étrangères à l'opérationnel", faisant baisser de 12% la production nationale de brut, soit 63.250 barils par jours sur un total de 531.000, a annoncé lundi le ministère équatorien de l'Energie.

L'un de ces puits bloqués par des manifestants est exploité par une compagnie équatorienne privée, Petrobell (3.000 b/j), et les deux autres par l'étatique Petroamazonas.

L'Equateur, qui a annoncé la semaine dernière son retrait de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a extrait quelque 531.000 barils par jour de pétrole brut entre janvier et juillet cette année.

La décision du président Moreno de supprimer des subventions des carburants d'un montant total de 1,3 milliard de dollars (l'économie équatorienne est dollarisée) est entrée en vigueur jeudi. En échange, l'Equateur peut accéder à des crédits d'un montant de 4,2 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI).

Cela a entraîné des hausses des prix des carburants allant jusqu'à 123%. Le gallon américain (3,79 litres) de diesel est ainsi passé de 1,03 dollar à 2,30 dollars, et le gallon d'essence ordinaire de 1,85 à 2,40 dollars.