Les procureurs démocrates ont appelé samedi le Sénat à condamner Donald Trump pour "incitation à l'insurrection", en martelant dans leur réquisitoire que l'ex-président avait "trahi" les Américains et "soutenu" les émeutiers lors de l'assaut meurtrier du Capitole.

Après une matinée marquée par un coup de théâtre qui menaçait de retarder longuement le verdict, sénateurs républicains et démocrates sont parvenus à un accord pour se passer de témoins, ouvrant la voie à un vote final, et un très probable acquittement, en fin de journée.

"Il est désormais évident, sans l'ombre d'un doute, que Trump a soutenu les actes de la foule hargneuse et il doit donc être condamné. C'est aussi simple que cela", a lancé Jamie Raskin, le chef des procureurs démocrates, pendant leur réquisitoire long de près de deux heures.

L'un des avocats du 45e président américain, Michael van der Veen a pris la parole immédiatement ensuite, à 14H45 (19H45) et a promis d'être bref.

Les sénateurs pourront ensuite se retirer pour délibérer, avant de passer au vote sur le verdict.

Les démocrates veulent voir Donald Trump reconnu coupable d'"incitation à l'insurrection", puis qu'il soit rendu inéligible.

Pour eux, il est le responsable principal des événements du 6 janvier, lorsqu'une foule de ses partisans en colère avait envahi le Capitole au moment où le Congrès américain s'apprêtait à confirmer sa défaite à l'élection du 3 novembre.

"Au moment où nous avions le plus besoin qu'un président nous protège et nous défende, le président Trump nous a à la place délibérément trahis. Il a violé son serment" de protéger le pays, a renchéri l'un des neuf démocrates de la Chambre des représentants qui portent l'accusation, David Cicilline.

- "Attisé la hargne" -

Pendant plus de deux heures, une grande confusion a régné au Sénat samedi matin, après un vote surprise autorisant la convocation de témoins, ce qui aurait pu grandement retarder le verdict.

Jamie Raskin voulait entendre une élue républicaine, Jaime Herrera Beutler, ayant révélé vendredi soir la teneur d'une conversation téléphonique entre un autre élu et Donald Trump pendant les événements du 6 janvier.

Alors que les parlementaires se cachaient pour échapper aux émeutiers, Donald Trump aurait éconduit le chef de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, qui lui demandait d'appeler ses partisans à cesser les violences. "Eh bien, Kevin, j'imagine que ces gens sont plus en colère que vous à propos de l'élection", lui aurait-il lancé.

La déposition de Jaime Herrera Beutler a finalement été lue en séance et versée au dossier.

Cette "réaction absolument stupéfiante de Trump confirme qu'il n'a rien fait pour aider les personnes présentes ici" au Congrès et sous la menace des violences, a souligné Jamie Raskin.

Mêlant vidéos choc des violences et extraits choisis des diatribes présidentielles, les démocrates ont, depuis le début du procès, accusé Donald Trump d'avoir renoncé à son rôle de "commandant-en-chef" pour revêtir des habits d'"incitateur-en-chef".

Selon eux, il a "attisé la hargne" de ses partisans pendant des mois avec un "grand mensonge": en se présentant comme la victime d'une élection "volée" suite à des "fraudes" dont il n'a jamais apporté la preuve.

Et le 6 janvier, au moment où les élus du Congrès certifiaient la victoire de Joe Biden, il "a allumé la mèche", ont-ils dit, en leur lançant: "Battez-vous comme des diables."

Une fois l'assaut en cours, il a attendu de longues heures avant d'appeler ses sympathisants à "rentrer chez eux". En tout, cinq personnes sont mortes, et des centaines ont été blessées ou traumatisées, ont-ils estimé.

- "Vengeance politique" -

Vendredi, les avocats du 45e président des Etats-Unis avaient contre-attaqué dans un argumentaire concis - trois heures - et musclé.

Selon eux, l'attaque était "horrible" mais le procès est "injuste": c'est un acte "de vengeance politique".

Dégainant à leur tour des vidéos soigneusement éditées, ils ont assuré que le champ lexical combatif de Donald Trump s'inscrivait dans une "rhétorique politique ordinaire", protégée par le Premier amendement de la Constitution, qui garantit la liberté d'expression.

La défense a également jugé "absurde" de lier les violences au discours du 6 janvier, soulignant que Donald Trump avait appelé ses partisans à marcher "de manière pacifique et patriote" sur le Capitole.

- "Décision difficile" -

Très discret jusqu'ici, l'influent chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a fait savoir peu avant l'ouverture de la séance samedi matin qu'il voterait l'acquittement de Donald Trump. Une "décision difficile", selon lui, qui rend encore plus improbable une condamnation de Donald Trump.

Il faudrait que 17 sénateurs républicains votent avec les 50 élus démocrates pour former la majorité qualifiée nécessaire pour le déclarer coupable, un verdict qui ouvrirait la voie à une peine d'inéligibilité.

Pour Donald Trump, il s'agirait donc d'un deuxième acquittement en autant de procédures de destitution. Un cas unique dans l'histoire des Etats-Unis.