Convaincus que Donald Trump récidiverait s'il revenait au pouvoir, les procureurs démocrates ont exhorté jeudi les sénateurs américains à condamner l'ancien président à l'inéligibilité pour avoir "incité" ses partisans à se lancer à l'assaut du Capitole.

Vidéos des violences et citations choisies à l'appui, l'accusation a repris son exposé implacable au troisième jour d'un procès historique qui, selon le président Joe Biden, a peut-être fait bouger les lignes.

L'attaque sanglante du 6 janvier "était l'apogée des actions du président, pas une anomalie", a lancé Jamie Raskin, qui dirige l'équipe d'élus de la chambre des représentants chargée de porter l'accusation contre le milliardaire républicain.

"Qui, dans cette chambre, peut croire qu'il arrêtera d'inciter à la violence pour parvenir à ses fins, s'il est autorisé à revenir dans le Bureau ovale?", a-t-il lancé à l'adresse des cent sénateurs, à la fois juges, jurés et témoins. "S'il revient au pouvoir et recommence, on ne pourra s'en prendre qu'à nous-mêmes."

L'ancien magnat de l'immobilier reste très populaire à droite et il est peu probable que 17 des 50 sénateurs républicains acceptent de voter avec les 50 sénateurs démocrates pour former la majorité nécessaire à un verdict de culpabilité.

Joe Biden, qui était jusque-là resté en retrait, a toutefois estimé jeudi que le procès pourrait changer la donne. "Je pense que certains ont peut-être changé d'avis", a-t-il déclaré à la presse.

Sa porte-parole Jen Psaki s'est empressée de préciser qu'il ne s'agissait pas d'une prédiction, mais d'un reflet de ses émotions. Selon elle, Joe Biden a été "affecté" par les vidéos projetées mercredi, qui ont rappelé la violence inouïe de l'assaut, et ses propos reflétaient "à quel point il est choqué et triste".

- "Des diables" -

Des policiers hurlant de douleur, des élus terrifiés, des assaillants menaçants: mêlant des extraits de caméra de surveillance, parfois inédits, aux vidéos mises en ligne par les émeutiers, l'accusation a rappelé aux sénateurs qu'ils avaient eux-mêmes échappé de peu "au pire".

Ils ont aussi replacé l'assaut dans le contexte de la croisade post-électorale du 45e président américain. "Le grand mensonge": c'est ainsi qu'ils ont décrit la longue campagne de désinformation sur l'élection entretenue par le républicain qui a répété pendant des semaines, sans preuves, qu'il avait été victime de fraudes électorales massives.

Installé en Floride, il a refusé de témoigner. Mais sa voix n'a cessé de retentir dans l'hémicycle de la chambre haute du Congrès, où ses accusateurs ont projeté de nombreux extraits de ses discours, reproduit ses tweets incendiaires, cité ses propos les plus polémiques.

Après l'échec de ses plaintes en justice et de ses multiples pressions sur les agents électoraux des Etats-clés, "le président Trump s'est retrouvé à court d'options non violentes pour se maintenir au pouvoir", a estimé l'élu Ted Lieu.

Et le 6 janvier, il a appelé ses partisans à manifester à Washington au moment où le Congrès certifiait la victoire de son rival. "Battez-vous comme des diables", leur a-t-il lancé.

Quand ils se sont lancés à l'assaut du Capitole, "ils pensaient suivre les ordres de leur commandant en chef ", a souligné la procureure Diana DeGette, en citant les propos tenus devant la justice par les dizaines de personnes inculpées pour ce coup de force sanglant.

- "Brutalité" -

Trois agents sont morts dans ou en lien avec l'attaque: l'un a été frappé par un extincteur, les deux autres se sont suicidés dans les jours suivants, ont rappelé les démocrates, en insistant sur les "brutalités" subies par les forces de l'ordre en ce jour funeste, et le "traumatisme" durable infligé à tous les employés présents dans le temple de la démocratie américaine.

"Un des employés de l'équipe de ménage m'a confié combien il s'est senti mal, humilié, quand il a dû nettoyer les étrons sur les murs, le sang d'une émeutière tuée, les vitres brisées,les objets jetés au sol...", a rappelé David Cicilline.

L'exposé des faits avait été salué mercredi par le sénateur républicain John Thune. "Ils ont fait un bon travail pour souligner les liens... pour remonter le temps", a-t-il déclaré à des journalistes.

C'était "agressif et absurde", a au contraire commenté son confrère Lindsey Graham, convaincu que "le vote +non coupable+ en sortirait renforcé".

Si certains sénateurs du "Grand Old Party" lui ont imputé une responsabilité dans l'attaque, il semble peu probable que 17 fassent défection au moment du verdict. Donald Trump pourrait être acquitté dès les prochains jours.