Un an après son premier procès en destitution, Donald Trump sera à nouveau jugé au Sénat à partir de mardi. Si l'accusé et la plupart des juges n'ont pas changé, de nouveaux acteurs entreront en scène pour ces audiences historiques.

- Un accusé absent mais écrasant -

En 2020, lors de son procès pour "abus de pouvoir", Donald Trump ne s'était pas présenté devant ses juges, les cent élus du Sénat.

Accusé d'avoir encouragé ses partisans à se lancer à l'assaut du Capitole le 6 janvier, le milliardaire républicain est cette fois poursuivi pour "incitation à l'insurrection".

Invité à témoigner sous serment, il a fait savoir qu'il s'abstiendrait à nouveau. Ce qui ne l'empêchera pas d'exercer un poids écrasant sur le jury.

S'il coule sa retraite d'ancien président en Floride, Donald Trump, 74 ans, conserve en effet le soutien de millions d'électeurs républicains et n'a pas arrêté de se mêler des affaires du parti.

Même privé de son compte Twitter, il reste en mesure de faire et de défaire des carrières à droite, une influence qui sera difficile à occulter pour les 50 sénateurs républicains au moment du verdict.

- Un duo d'avocats controversés -

Contrairement à son premier procès, où de brillants juristes et des stars du barreau s'étaient succédé pour le défendre, Donald Trump a peiné à constituer son équipe d'avocats.

Après une vague de démissions, il a recruté in extremis Bruce Castor et David Schoen qui, sans être des avocats de premier plan, ont déjà défrayé la chronique.

Le premier, qui fut longtemps procureur en Pennsylvanie, avait été saisi en 2005 d'une plainte pour agression sexuelle contre Bill Cosby. Il avait refusé d'ouvrir des poursuites contre le comédien, qui a finalement été condamné treize ans plus tard pour ces abus.

Le second, pénaliste en Alabama, s'est dit à plusieurs reprises convaincu que le financier Jeffrey Epstein, accusé d'exploitation sexuelle de mineures, a été tué dans sa cellule, bien que des enquêtes officielles aient confirmé la thèse du suicide.

- Un procureur endeuillé -

L'élu démocrate de la Chambre des représentants Jamie Raskin, 58 ans, succède dans le rôle de procureur à son confrère Adam Schiff, dont les qualités oratoires avaient été saluées lors du premier procès.

Ce progressiste, fils d'un conseiller du président Kennedy, a été élu en 2016 au Congrès, où son premier acte fut de s'opposer à la certification de la victoire de Donald Trump en raison des ingérences russes dans la campagne.

Quatre ans plus tard, ce professeur de Droit constitutionnel accusera l'ex-président d'avoir commis "une trahison d'une ampleur historique".

L'affaire a pour lui une tonalité personnelle. Jamie Raskin a enterré le 5 janvier son fils de 25 ans qui, en proie à la dépression, venait de se suicider. Pour leur changer les idées, l'élu avait invité sa fille et son gendre le lendemain au Capitole. Les deux se sont retrouvés enfermés dans un bureau, quand les supporteurs de Donald Trump ont envahi les lieux.

Dans les heures suivantes, Jamie Raskin entamait la rédaction de l'acte d'accusation du président.

- Une "tortue" en arbitre -

Le chef des sénateurs républicains Mitch McConnell, parfois surnommé "la tortue" pour son visage impassible, pourrait tenir la clé du procès.

Pour que Donald Trump soit condamné, il faudrait que 17 sénateurs républicains votent avec les 50 élus démocrates.

Alors qu'il avait assumé sa partialité lors du premier procès, Mitch McConnell, 78 ans, a cette fois souligné que sa décision n'était pas prise. Or, s'il votait "coupable", il pourrait entraîner d'autres élus à faire comme lui.

Mais ce stratège rusé a peut-être laissé planer le doute uniquement pour faire pression sur Donald Trump et le dissuader d'utiliser le procès comme tribune politique.

- Un président fan de Batman -

Le chef de la Cour suprême des Etats-Unis, John Roberts, a jugé qu'il n'était pas cette fois contraint par la Constitution de présider le procès, puisque Donald Trump n'est plus en exercice.

Ce rôle reviendra donc au sénateur démocrate Patrick Leahy en tant que membre de la majorité ayant le plus d'ancienneté au Sénat. A 80 ans, il a subi une brève hospitalisation fin janvier mais va mieux.

Grand fan de Batman, il a fait des apparitions dans des séries ou des films consacrés à son héros justicier.