Trump pas forcément le bienvenu à El Paso après la fusillade

Publié le à El Paso (Etats-Unis) (AFP)

De nombreux habitants de la ville texane à majorité hispanique d'El Paso, endeuillée par une fusillade à l'idéologie raciste, s'opposent à la venue annoncée mercredi du président américain Donald Trump, dont la détermination à combattre l'extrémisme est mise en doute.

Jordan Anchondo, Gloria Irma Marquez, Ivan Manzano, David Johnson... Les noms des 22 personnes tombées samedi sous les balles d'un tireur de 21 ans barrent les croix blanches dressées en leur hommage sur le parking du centre commercial où beaucoup d'entre elles faisaient leurs provisions pour la rentrée scolaire.

Dans un silence pesant rompu épisodiquement par des chants et des airs de cornemuse, les visages fermés des centaines d'anonymes venus se recueillir lundi au soleil couchant balançaient entre langueur et colère.

"Je blâme notre président. Sa rhétorique, sa haine envers les gens qui n'ont pas la même couleur de peau, il n'a pas le droit de faire ça", dénonce Silvia Rios, habitante d'El Paso.

Un peu plus loin, près d'un monceau de fleurs, de ballons, de peluches et de bougies, Rosario Meyer estime aussi que Donald Trump est "au coeur du problème", lui qui avait lancé sa campagne victorieuse de 2016 "en disant que les Mexicains sont des criminels, des meurtriers et des violeurs".

- Trump "ne doit pas venir" -

Le milliardaire new-yorkais n'a pas vraiment édulcoré son langage fleuri depuis son arrivée à la Maison Blanche, évoquant régulièrement une "invasion" des Etats-Unis par les milliers de migrants d'Amérique centrale qui viennent chaque mois y chercher l'asile.

Un terme repris par le jeune auteur de la tuerie d'El Paso dans un manifeste mis en ligne avant son passage à l'acte, fatal à au moins sept ressortissants mexicains.

Alors, beaucoup ont douté de la sincérité de Donald Trump lorsqu'il a condamné lundi "le racisme, le sectarisme et le suprémacisme blanc" dans une allocution solennelle depuis la Maison Blanche.

Ils se demandent s'il sera capable d'éteindre l'incendie qu'il a lui-même contribué à attiser.

"Ce président, qui a alimenté la haine ayant rendue possible la tragédie de samedi, ne doit pas venir à El Paso", tranche le candidat à la primaire démocrate pour la présidentielle de 2020 Beto O'Rourke, originaire de la ville texane.

La conseillère du président Kellyanne Conway dénonce de son côté la "politisation" des fusillades du week-end par l'opposition et assure que Donald Trump "s'emploie à rassembler le pays".

Le responsable local du parti républicain, Adolpho Telles, est plus mesuré avant le déplacement annoncé mercredi du milliardaire, dont les "bonnes idées" ne sont "pas toujours" accompagnées selon lui des mots "appropriés".

- Sentiment d'injustice -

Donald Trump a réaffirmé mardi matin sur Twitter être "la personne la moins raciste" au monde.

Comme après avoir invité mi-juillet quatre élues démocrates issues de minorités à "retourner" d'où elles venaient. Et comme lorsqu'il s'en est violemment pris dernièrement à un élu noir de Baltimore et à sa circonscription "infestée de rats".

En retweetant les présentateurs de l'une de ses émissions préférées, sur la chaîne conservatrice Fox News, le dirigeant républicain laisse également transparaître un sentiment d'injustice à se voir pointé du doigt pour des fusillades qui ne datent pas de son arrivée au pouvoir.

L'ancien président démocrate Barack Obama est sorti de sa réserve lundi pour appeler à rejeter --sans directement nommer son successeur mais en laissant peu de place au doute-- les discours "normalisant" le racisme.

Pendant ce temps-là, les enquêteurs étaient toujours à la recherche mardi du motif de l'autre tuerie du week-end, à Dayton, dans l'Ohio, où neuf personnes ont perdu la vie. Un compte Twitter semblant appartenir au jeune tireur relaie des opinions d'extrême gauche.

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