Les Etats-Unis ont tenté jeudi de faire plier l'Iran en achevant d'asphyxier son économie, alors que leur campagne de "pression maximale" n'a pas permis à Donald Trump d'obtenir le "meilleur accord" qu'il espérait avec Téhéran.

A moins de quatre semaines de l'élection à laquelle il brigue un second mandat, le président des Etats-Unis s'est résolu à annoncer une mesure poussée par les faucons anti-Iran pour couper définitivement le secteur financier iranien du reste du monde.

"Les mesures d'aujourd'hui pour inscrire le secteur financier iranien sur liste noire et sanctionner 18 parmi les principales banques iraniennes illustre notre engagement à stopper l'accès illicite aux dollars américains", a déclaré dans un communiqué le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

"Nos sanctions vont se poursuivre jusqu'à ce que l'Iran cesse de soutenir les activités terroristes et mette fin à ses programmes nucléaires", a-t-il prévenu.

Selon Behnam Ben Taleblu, du cercle de réflexion Foundation for Defense of Democracies qui plaidait pour une ligne radicale, "il y avait encore plusieurs points de contact entre le secteur financier iranien et le système financier international", et il était temps de les déconnecter.

"Ces sanctions sont aussi la preuve qu'il reste encore des cibles à viser pour accroître la pression économique de Téhéran", a-t-il dit à l'AFP.

- "Amérique moins sûre" -

De nombreux observateurs, ainsi que des diplomates européens, redoutent que ces nouvelles sanctions réduisent encore la possibilité pour l'Iran d'acquérir des biens jugés "humanitaires", même si Washington assure qu'ils font l'objet d'exemptions.

Ironie du calendrier, mercredi encore le département d'Etat américain faisait mine de s'alarmer des nouveaux records de mortalité dus au coronavirus en Iran, et proposait son "assistance" au pays ennemi.

"En pleine pandémie de Covid-19, le régime américain veut détruire nos derniers canaux pour payer pour la nourriture et les médicaments", a dénoncé le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif sur Twitter.

"Les Iraniens vont survivre à cette dernière cruauté, mais conspirer pour affamer un peuple est un crime contre l'humanité", a-t-il ajouté.

Selon Barbara Slavin, du cercle de réflexion Atlantic Council, "ces sanctions sont du sadisme déguisé en politique étrangère". "Elles ne mettront pas le gouvernement iranien à genoux mais affaibliront les gens ordinaires, encourageront le marché noir et, sur le long terme, saperont les sanctions fondées sur le dollar", a-t-elle tweeté.

Le président Trump a retiré en 2018 les Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien, jugeant ce texte conclu trois ans plus tôt insuffisant pour empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique et pour mettre fin à son comportement "déstabilisateur" au Moyen-Orient. Il a dans la foulée rétabli, puis durci, toutes les sanctions américaines levées en 2015.

Ces mesures punitives étranglent l'économie iranienne, puisqu'elles s'accompagnent de sanctions dites "secondaires": tout pays ou entreprise qui continue à échanger avec l'Iran risque de se voir barrer l'accès aux vastes marché et secteur financier américains.

Mais une tentative d'imposer également, de manière unilatérale, le retour des sanctions de l'ONU semble avoir fait long feu, face à la résistance de l'essentiel des autres grandes puissances.

L'administration Trump avait affiché comme objectif de faire plier la République islamique pour qu'elle "change d'attitude" et négocie "un meilleur accord". Mais à l'approche de la fin du premier mandat du milliardaire républicain, elle n'a obtenu aucune avancée sur ces deux fronts.

Le président-candidat assure maintenant que les autorités iraniennes accepteront de négocier mais après le scrutin américain du 3 novembre.

Reste à savoir si ce sera avec lui ou avec le candidat démocrate Joe Biden.

Ce dernier continue de vanter le bien-fondé de l'accord de 2015, signé lorsqu'il était vice-président de Barack Obama et qui est aussi toujours défendu par les alliés européens de Washington.

Sa colistière Kamala Harris, lors de son débat mercredi face au vice-président républicain Mike Pence, a estimé que le retrait de l'accord avait permis à l'Iran de se doter "de ce qui pourrait aboutir à un arsenal nucléaire important".

"A cause de l'approche diplomatique unilatérale de Donald Trump, et de son isolationnisme, il nous en a sortis et a rendu l'Amérique moins sûre", a-t-elle déploré.