Donald Trump a déclaré jeudi vouloir continuer les négociations avec la Corée du Nord, sur le point de reprendre après des mois d'impasse, malgré une nouvelle escalade de Pyongyang dans ses essais de missiles pourtant qualifiés de "provocations" par Washington.

"Ils veulent discuter et nous allons prochainement discuter avec eux", a affirmé le président des Etats-Unis, toujours en quête d'un succès diplomatique majeur alors qu'il est englué dans un nouveau scandale lié à une conversation controversée avec le président ukrainien.

Une équipe de négociateurs nord-coréens est arrivée en fin de journée jeudi en Suède, où ces nouveaux pourparlers sur le désarmement nucléaire de la Corée du Nord doivent débuter d'ici la fin de la semaine.

Lors d'une étape à Pékin, l'émissaire nord-coréen Kim Myong Gil, accompagné de trois autres responsables de son pays, a confirmé se rendre "à des négociations de niveau opérationnel avec les Etats-Unis", selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap. "Je fonde de grandes attentes et je suis optimiste", a-t-il ajouté.

A Washington, le département d'Etat américain n'a pas souhaité dire qui dirigerait sa délégation, ni quand et où auraient lieu les discussions.

Le gouvernement américain attendait de plus en plus impatiemment que la Corée du Nord accepte de renouer le dialogue, au point mort depuis l'échec du sommet Hanoï, fin février, entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Encore la semaine dernière, un diplomate asiatique décrivait à l'AFP une administration Trump réduite à attendre que Pyongyang se manifeste.

- "Nouvelle phase" -

Le signal est finalement intervenu mardi, quand la diplomatie nord-coréenne a annoncé la reprise des discussions pour cette fin de semaine, ce que les Etats-Unis ont aussitôt confirmé.

Mais 24 heures après ce message positif, la Corée du Nord tirait un nouveau missile balistique mer-sol, après avoir déjà multiplié les essais de missiles de courte portée ces derniers mois.

Lancé depuis un sous-marin "dans les eaux au large de la Baie de Wonsan", ce "nouveau type de missile balistique", présenté comme un Pukguksong-3, "annonce une nouvelle phase dans l'endiguement de la menace posée par les forces extérieures", a déclaré jeudi l'agence officielle nord-coréenne KCNA.

Il s'agit de loin de l'acte de provocation le plus fort depuis le début de la détente avec les Etats-Unis en 2018.

Dès mercredi, le département d'Etat américain avait d'ailleurs appelé la Corée du Nord à "s'abstenir de commettre des provocations" et à "rester engagée dans des négociations substantielles et soutenues".

Malgré les précisions qui ont depuis filtré sur la nature de l'essai, Washington n'a pas l'intention de repousser la reprise des tractations.

La France a pourtant jugé qu'un "tel acte de la part de la Corée du Nord" compromettait toute "négociation sérieuse". Avec le Royaume-Uni et l'Allemagne, elle a demandé une réunion à huis clos du Conseil de sécurité pour maintenir la pression sur Pyongyang après ce qui s'apparente selon eux à "une violation grave" des résolutions de l'ONU.

La stratégie de Donald Trump est également critiquée à Washington. Son premier détracteur n'est autre que celui qui était, il y a encore moins d'un mois, son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton.

- "Offensives de charme diplomatique" -

Dans un discours lundi, il a critiqué l'attitude conciliante du locataire de la Maison Blanche, qui semble prêt à fermer les yeux sur les tirs de missiles par son "ami" Kim Jong Un, qu'il a jusqu'ici qualifiés de "normaux".

"Quand les Etats-Unis, après avoir bataillé pour ces résolutions" de l'ONU, "disent +finalement on s'en fiche+, d'autres pays peuvent en déduire qu'ils n'ont pas besoin de respecter les sanctions", a prévenu l'ex-conseiller.

Il a aussi contesté que le dirigeant nord-coréen soit prêt à une vraie dénucléarisation, estimant qu'il ne cherche qu'à gagner du temps pour consolider son arsenal.

S'il devient opérationnel, le nouveau missile fera monter d'un cran la menace nucléaire nord-coréenne car Pyongyang pourrait porter sa base d'action bien au-delà de la péninsule coréenne. Elle offrirait également à la Corée du Nord une capacité de "seconde frappe" dans l'éventualité d'une attaque contre ses bases militaires.

Ankit Panda, de la Fédération des scientifiques américains, a présenté le projectile comme le missile nord-coréen à combustible solide à la plus longue portée. Pour lui, il constitue "sans aucun doute le premier essai de missile à capacité nucléaire depuis novembre 2017".

Cela montre aussi selon lui que le programme militaire de Kim Jong Un est "resté actif pendant les offensives de charme diplomatique de 2018-2019".