"Incompétence", "dissimulation", voire "scandale d'Etat": la droite et l'extrême droite réclament une enquête parlementaire sur la tuerie de la préfecture de police et la tête du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, qui conserve la "confiance" du Premier ministre.

Les Républicains et le Rassemblement national fustigent les erreurs du ministre, déjà mis sous pression à plusieurs reprises depuis son arrivée à Beauvau à l'automne 2018 pour sa gestion de la crise des "gilets jaunes" ou après la mort de Steve Maia Caniço à Nantes.

Il se fait étriller pour avoir déclaré jeudi, après la tuerie au couteau, que l'assaillant, en poste à la préfecture de police depuis 2003, "n'avait jamais présenté de difficultés comportementales" ni "le moindre signe d'alerte".

Depuis les propos de M. Castaner, qui sera l'invité dimanche du journal de 13H00 de TF1, le parquet national antiterroriste (PNAT) s'est saisi de l'enquête. Et le procureur antiterroriste a révélé samedi que Mickaël Harpon, employé de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP), "aurait adhéré à une vision radicale de l'islam" et était en contact avec des individus de la "mouvance islamiste salafiste".

Dans une interview au Journal du Dimanche, dont des extraits ont été publiés samedi en ligne, le Premier ministre Edouard Philippe dit avoir "toute confiance en Christophe Castaner, qui a fait état de ce qu'il savait au moment où il s'est exprimé". Il a également annoncé le lancement de deux missions d'évaluation des agents de la lutte antiterroriste. Car "pour tous les services de renseignement, la détection des menaces internes est une priorité absolue", a dit Edouard Philippe.

L'opposition crie elle aux failles du système. Dans la matinée, le chef de file des députés LR Christian Jacob a annoncé à l'AFP qu'il allait demander mardi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur cette affaire "très grave", le groupe étant prêt à user de son "droit de tirage" (une fois par session) pour la créer.

Lui emboîtant le pas, la cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen a réclamé une commission d'enquête "immédiate", permettant d'établir "l'ensemble des responsabilités, dans ce qui apparaît déjà comme un scandale d'État", ajoutant sur Twitter après les déclarations du procureur: le ministre "doit enfin prendre ses responsabilités et DÉMISSIONNER ! MLP #CastanerDémission".

Pour le député LR Eric Ciotti, il y a "forcément un dysfonctionnement". "Comment le ministre de l'Intérieur a-t-il pu se laisser aller à dire +circulez, il n'y a rien à voir+? Soit il savait et il a voulu dissimuler les faits ou il ne savait pas et ça veut dire qu'il est totalement incompétent. Mais dans les deux cas, sa crédibilité est aujourd'hui totalement nulle pour assurer la sécurité des Français", a-t-il tonné sur LCI.

- "Trop c'est trop" -

En visite samedi à Provins (Seine-et-Marne), l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, a affirmé lui aussi qu'il "faudra comprendre pourquoi et comment une telle chose est possible".

Pour le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, le gouvernement "a parlé trop vite en banalisant ces terribles meurtres". M. Castaner "va devoir s'expliquer devant la représentation nationale", a-t-il dit sur BFMTV. "Accablant", ont abondé d'autres élus LR.

"Trop c'est trop", M. Castaner "ne peut pas rester en fonction", avait lancé plus tôt le député Guillaume Larrivé, de même que Julien Aubert, candidat comme lui et Christian Jacob à la tête de LR.

"Comment un type comme ça a pu passer derrière les écrans radars?", s'est également interrogé Eric Diard, co-auteur d'un récent rapport sur la radicalisation dans les services publics, qui évoquait une trentaine de cas soupçonnés mais pas avérés dans les rangs des 130.000 gendarmes et 150.000 policiers.

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), a lui aussi réclamé la démission et à gauche, David Habib (PS) a jugé une commission d'enquête "indispensable".

Dans les rares voix au sein de la majorité, le député LREM Dominique Da Silva, regrettant comme d'autres une "récupération politique", a jugé sur LCI "un peu facile de demander la démission" du ministre. "Il y a une faille, c'est certain", a-t-il néanmoins admis, se montrant favorable à une commission d'enquête.

Une cérémonie en hommage aux victimes de l'attaque se tiendra mardi à 11h00 à la préfecture de police de Paris en présence d'Emmanuel Macron, a annoncé samedi l'Elysée.