Emmanuel Macron rend hommage mardi aux quatre fonctionnaires de la préfecture de police de Paris tués par leur collègue radicalisé, une attaque sans précédent qui vaut au ministre de l'Intérieur, très critiqué, plusieurs convocations au parlement.

Le chef de l'Etat, accompagné du Premier ministre Edouard Philippe et des ministres de la Justice Nicole Belloubet et des Armées Florence Parly, doit prononcer un discours à 11H00 dans la cour de la préfecture, où a été abattu Mickaël Harpon, employé comme informaticien.

Auparavant, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a remis la Légion d'honneur, à titre posthume, aux quatre victimes: Damien Ernest, major responsable d'une unité de locale de police (28 ans de service), Anthony Lancelot, gardien de la paix (11 ans), Brice Le Mescam, adjoint administratif principal (6 ans) et Aurélia Trifiro, gardienne de la paix (17 ans).

Juste avant la cérémonie, le silence était pesant dans la cour de la préfecture, où des centaines de personnes étaient rassemblées sous la pluie. Les quatre cercueils recouverts du drapeau français y ont été installés devant le monument aux morts. Les personnels étaient invités à se recueillir devant à la fin de la cérémonie. Emmanuel Macron s'entretiendra ensuite avec les familles.

Cet hommage solennel n'offre qu'un court répit à Christophe Castaner, qui a été auditionné à huis clos avant la cérémonie par la délégation parlementaire au renseignement sur d'éventuels "dysfonctionnements" ayant permis l'attaque.

Le ministre de l'Intérieur et son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez y ont répondu avec "un souci de précision", a déclaré à la presse le président de la délégation parlementaire, Christian Cambon.

M. Castaner devait enchaîner dans l'après-midi avec la commission des lois de l'Assemblée nationale, cette fois devant la presse. Ils sera également interrogé jeudi par la commission des lois du Sénat.

Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a annoncé mardi qu'il allait accepter la demande des Républicains de création d'une commission d'enquête sur l'attaque, et que celle-ci se mettrait au travail "dès la semaine prochaine".

Depuis l'attaque, de nombreuses voix accusent les autorités et cherchent à comprendre comment Mickaël Harpon a pu passer sous les radars. Selon le ministère, il avait donné des signes de possible radicalisation au sein même de la direction du renseignement de la PP (DRPP) où il était employé.

L'opposition, à droite et l'extrême droite, crie au "scandale d'Etat" et exige le départ de Christophe Castaner. Une démission qu'a exclue l'intéressé, tout en reconnaissant un "dysfonctionnement d'Etat".

- "Signalement automatique" -

Selon un rapport interne de la DRPP, Mickaël Harpon, qui était habilité secret défense, aurait déclaré à deux collègues "c'est bien fait" au sujet de l'attentat en janvier 2015 contre Charlie Hebdo, mais ces derniers n'ont pas transmis de signalement écrit à leur hiérarchie.

"Les signaux d'alerte auraient dû être suffisants pour déclencher une enquête en profondeur", a accusé M. Castaner.

L'assaillant était converti à l'islam depuis une dizaine d'années et fréquentait des membres de la mouvance "islamiste salafiste", selon les enquêteurs qui s'interrogent également sur ses éventuels problèmes psychologiques vu son "comportement inhabituel et agité" à la veille de l'attaque.

"Il faudra des sanctions" s'il s'avère que l'auteur de l'attaque aurait pu être stoppé, a déclaré mardi la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye.

Deux enquêtes administratives confiées à l'Inspection générale du renseignement ont été ouvertes par le Premier ministre Edouard Philippe.

Sans attendre les conclusions, Christopher Castaner a tenté d'éteindre la polémique en demandant que toute alerte liée à la radicalisation fasse désormais "l'objet d'un signalement automatique", sans plus de précisions.

Sur le front de l'enquête menée par les services antiterroristes, l'épouse de Mickaël Harpon, arrêtée au domicile du couple à Gonesse (val-d'Oise), a été relâchée dimanche soir à l'issue de trois jours de garde à vue.

Outre la recherche d'éventuels complices dans les milieux radicaux, les enquêteurs tentent d'éclaircir la nature des informations auxquelles l'assaillant a pu avoir accès à la préfecture, où il travaillait depuis 2003.

Selon Le Parisien, les enquêteurs ont retrouvé une clé USB contenant des vidéos de propagande du groupe Etat islamique et des coordonnées de collègues. Cette clé a été retrouvée à son bureau, a précisé à l'AFP une source proche du dossier.

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