Incapables de trouver un compromis après deux jours de sommet, les 27 dirigeants de l'UE ont décidé de jouer les prolongations et de se retrouver dimanche midi, dans l'espoir de dépasser les blocages sur le massif plan de relance post-coronavirus en discussion.

Les discussions continuent de buter notamment sur les exigences des pays les plus "frugaux", au grand dam des capitales du sud.

Peu après 23H00 (21H00 GMT), les dirigeants se sont séparés toujours sans accord. Le sommet, qui a débuté vendredi à 10H00, était officiellement prévu sur deux jours.

Le président du Conseil européen Charles Michel a convoqué les chefs d'Etat et de gouvernement à midi dimanche. Mais des rencontres bilatérales et multilatérales sont prévues dans la nuit, a indiqué une source européenne.

Selon une autre source diplomatique, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel sont directement partis en réunion avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte.

Les deux dirigeants souhaitent demander au Premier ministre néerlandais s'il est en mesure de négocier dimanche sur les points de blocage, a-t-on précisé. Le président du Conseil Charles Michel espère convaincre Mark Rutte avec une nouvelle modification du projet de compromis, a-t-on appris.

L'unanimité des Etats membres étant requise, un compromis est particulièrement difficile sur le plan de relance, adossé au budget à long terme de l'UE (2021-2027) de 1.074 milliards d'euros.

M. Michel avait lancé les discussions samedi sur la base d'une proposition révisée offrant davantage de gages aux pays les plus réticents à l'idée de ce plan de 750 milliards d'euros, financé par un emprunt commun, Pays-Bas en tête.

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a décrit les négociations comme "beaucoup plus difficiles que prévu".

"Les Pays-Bas et autres frugaux (Autriche, Danemark, Suède, ndlr) ne comprennent pas la nécessité d'une réponse forte", a-t-il déploré.

"C'est, comme on pouvait s'y attendre, une bataille difficile, une négociation dure, mais on va dans la bonne direction et c'est le plus important", a commenté de son côté le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

La journée de vendredi s'était déjà achevée dans une grande tension face à l'inflexibilité des Pays-Bas.

Charles Michel, médiateur du sommet, espérait infléchir la position des récalcitrants en offrant des concessions sur la répartition entre subventions et prêts, ainsi que sur les conditions qui encadrent le versement de l'argent.

- "Obstacle" -

Le plan de relance, inspiré d'une proposition d'Angela Merkel et Emmanuel Macron, prévoit toujours un montant de 750 milliards d'euros.

En fin de journée, une des options sur la table était, tout en conservant ce montant global, de jouer sur la répartition entre prêts et subventions en augmentant la part des premiers à 300 milliards (contre 250 dans la proposition initiale), a expliqué une source européenne. Les "frugaux" préfèrent nettement les prêts aux subventions.

En contrepartie, la part de subventions réservée directement aux Etats pour leurs plans de réformes a été augmentée.

Pour tenter d'apaiser Mark Rutte, Charles Michel a par ailleurs proposé un mécanisme permettant à un pays qui aurait des réserves sur le plan de réformes présenté par un autre Etat, en contrepartie de ces aides, d'ouvrir "dans les trois jours" un débat à 27, soit devant le Conseil européen (c'est-à-dire les dirigeants), soit devant les ministres des Finances de l'UE.

Une réponse au souhait de Mark Rutte, pour garantir la bonne utilisation de ces fonds, de voir ces plans nationaux validés par les 27 à l'unanimité, ce qui offrirait de facto un veto à n'importe quelle capitale.

Un tel mécanisme "reste un obstacle", selon une source diplomatique espagnole, pays qui avec l'Italie sera le principal bénéficiaire des aides.

- Etat de droit -

Les Etats du sud craignent que cela ne les oblige à se soumettre à un programme de réformes (marché du travail, retraites...) imposé, comme à la Grèce par le passé.

Autre coup de pouce de Charles Michel pour vaincre les résistances: il propose d'accroître certains "rabais" accordés aux pays qui versent davantage d'argent au budget de l'UE qu'ils n'en reçoivent.

Ce serait le cas pour Vienne, Copenhague et Stockholm --mais pas La Haye ni Berlin.

Outre ces sujets délicats, d'autres promettent encore de peser sur les discussions, en particulier la question de lier le versement des aides européennes au respect de l'Etat de droit, qui hérisse Budapest et Varsovie, au menu du dîner de samedi.

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