Une réunion marathon des Etats membres de l'UE pour trouver une réponse économique commune face au coronavirus s'est achevée mercredi sur un échec, La Haye notamment refusant de céder aux demandes des pays du sud, une attitude dénoncée par Paris.

"Après 16 heures de discussion, nous nous sommes rapprochés d'un accord, mais nous n'y sommes pas encore", n'a pu que constater mercredi matin Mario Centeno, président de l'Eurogroupe, l'instance qui réunit les ministres des Finances de la zone euro.

Il a convoqué une nouvelle réunion par visioconférence jeudi à partir de 17H00 (15H00 GMT), qui risque elle aussi de s'éterniser face à l'inflexibilité des Pays-Bas.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a mis la pression mercredi soir sur les membres de la zone euro pour qu'ils s'entendent. "Il est vital que le volet budgétaire en réaction à cette crise soit suffisamment puissant dans l'ensemble de la zone euro. Les gouvernements doivent être côte à côte pour déployer ensemble des politiques optimales face à un choc commun dont nul n'est responsable", a-t-elle écrit dans une tribune mise en ligne par quotidien français Le Monde.

L'échec des ministres mercredi suit celui d'un Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement le 26 mars, qui avait vu s'affronter pays du nord et du sud sur la réponse économique à apporter face à la récession annoncée.

Un nouvel échec pèserait lourdement sur l'unité de la zone euro et renverrait la balle aux chefs d'Etat et de gouvernement.

Le blocage des Pays-Bas a été dénoncé par la présidence française. D'autres sources européennes leur avaient auparavant attribué l'échec de la réunion par leur refus de céder aux demandes italiennes sur les prêts susceptibles d'être octroyés aux Etats en difficulté par le fonds de secours de la zone euro.

- Un blocage "incompréhensible" -

Le blocage des Pays-Bas sur le Mécanisme européen de stabilité (MES) est "contreproductif, incompréhensible et ne peut pas durer", a accusé la présidence française.

Ce blocage "ne peut être accepté", a-t-on ajouté, exprimant l'espoir d'une plus grande flexibilité de ce pays d'ici jeudi.

Les ministres proposent que le Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 lors de la crise de la dette de la zone euro et financé par les Etats membres, puisse prêter de l'argent à un Etat en difficulté jusqu'à concurrence de 2% de son PIB, soit jusqu'à 240 milliards d'euros pour l'ensemble de la zone euro.

L'option est rejetée par l'Italie, pays européen le plus touché par l'épidémie (plus de 17.127 morts), tant que ces prêts s'accompagnent de conditions comme des demandes de réformes, ce qu'exige La Haye.

"L'utilisation de ce budget doit être assortie de certaines conditions", surtout "à long terme", avait insisté le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, même si "une exception" peut être envisagée s'il s'agit par exemple de "couvrir les frais de santé".

Selon une source européenne, La Haye est soutenue par l'Autriche, la Suède, le Danemark et, dans une moindre mesure, la Finlande.

- Laxisme -

Face à l'impasse, le ministre italien de l'Economie, Roberto Gualtieri, a appelé à la solidarité. "C'est le moment de la responsabilité commune, de la solidarité et des choix courageux et partagés", a-t-il plaidé dans un tweet mercredi.

Outre l'utilisation du MES, les discussions sont restées difficiles sur la création d'un instrument pour relancer l'économie après l'épidémie.

Les pays les plus affectés par le virus, en particulier l'Italie, réclament qu'il puisse être financé par de la dette commune, sous la forme d'euro-obligations parfois appelées "coronabonds" ou "eurobonds".

Parmi ces pays figurent aussi l'Espagne et la France, ainsi que la Grèce, Malte, le Luxembourg ou l'Irlande, selon des sources concordantes.

Or la mutualisation des dettes constitue une ligne rouge pour Berlin et La Haye, qui refusent de s'engager avec des Etats très endettés du sud, jugés laxistes dans leur gestion.

Les ministres allemand et néerlandais ont campé sur cette position après la réunion, Wopke Hoekstra estimant notamment que des "eurobonds" créeraient "plus de problèmes que de solutions".

Une relance est possible "avec des instruments très classiques" et déjà existants "comme par exemple le budget de l'Union européenne", a déclaré le ministre allemand, Olaf Scholz.

Une source européenne souligne cependant que "les +coronabonds+ n'étaient pas le problème" lors de cette réunion.

Les deux autres axes de réponse des Européens face au virus ont été plus consensuels.

Le premier vise à créer, via la Banque européenne d'investissement (BEI), un fonds de garantie qui permettrait de mobiliser jusqu'à 200 milliards d'euros pour les entreprises.

Le second consiste à valider le projet de la Commission européenne de créer un instrument pour garantir à hauteur de 100 milliards d'euros maximum les plans nationaux de chômage partiel, renforcés ou créés en raison de l'épidémie.