Les 27 dirigeants de l'UE se retrouvaient à dîner samedi soir à Bruxelles après une série de rencontres multilatérales sans percées significatives dans la recherche d'un compromis sur un plan de relance post-coronavirus massif.

Les discussions butent sur les exigences des pays les plus "frugaux", au grand dam des capitales du sud.

Différentes sources interrogées par l'AFP restaient prudentes sur la poursuite du sommet. Le président du Conseil européen Charles Michel "va tester des idées dégagées au cours des bilatérales et multilatérales" pendant le dîner, a expliqué l'une d'entre elles.

Selon l'issue du repas, M. Michel peut amender sa proposition, poursuivre les négociations pendant la nuit, les faire reprendre dimanche ou constater un blocage.

D'après une source diplomatique, il penche pour des rencontres bilatérales pendant la nuit avant de reprendre le sommet en plénière dimanche.

L'unanimité des Etats membres étant requise, un compromis est particulièrement difficile sur le plan de relance, adossé au budget à long terme de l'UE (2021-2027) de 1.074 milliards d'euros.

M. Michel avait lancé les discussions samedi sur la base d'une proposition révisée offrant davantage de gages aux pays réticents, Pays-Bas en tête.

Dans un message vidéo sur Facebook publié en fin d'après-midi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a décrit les négociations comme "beaucoup plus difficiles que prévu", évoquant même une "situation d'impasse".

"Les Pays-Bas et autres frugaux (Autriche, Danemark, Suède, ndlr) ne comprennent pas la nécessité d'une réponse forte", a-t-il déploré.

Un diplomate néerlandais a concédé que la proposition présentée dans la matinée était "un pas dans la bonne direction". "C'est, comme on pouvait s'y attendre, une bataille difficile, une négociation dure, mais on va dans la bonne direction et c'est le plus important", a commenté de son côté le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

La journée de vendredi s'était achevée dans une grande tension face à l'inflexibilité des Pays-Bas.

Avec sa nouvelle proposition, Charles Michel, médiateur du sommet, espérait infléchir la position des récalcitrants en offrant des concessions, en particulier sur la répartition entre subventions et prêts, ainsi que sur les conditions qui encadrent le versement de l'argent.

- "Obstacle" -

Le plan de relance, inspiré d'une proposition de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron, prévoit toujours un montant de 750 milliards d'euros.

En fin de journée, une des options sur la table était, tout en conservant ce montant global, de jouer sur la répartition entre prêts et subventions en augmentant la part des premiers à 300 milliards (contre 250 dans la proposition initiale), a expliqué une source européenne. Les "frugaux" préfèrent nettement les prêts aux subventions.

Et afin de contenter les Etats les plus demandeurs de cette aide, de renforcer, au sein de l'enveloppe des subventions, la part réservée aux Etats pour leurs plans de réformes et d'investissements.

Pour tenter de faire fléchir le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, Charles Michel a proposé un mécanisme permettant à un pays qui aurait des réserves sur le plan de réformes présenté par un autre Etat en contrepartie de ces aides d'ouvrir "dans les trois jours" un débat à 27, soit devant le Conseil européen (c'est-à-dire les dirigeants), soit devant les ministres des Finances de l'UE.

Une réponse au souhait de Mark Rutte, pour garantir la bonne utilisation de ces fonds, de voir ces plans nationaux validés par les 27 à l'unanimité, ce qui offrirait de facto un veto à n'importe quelle capitale.

Un tel mécanisme "reste un obstacle", selon une source diplomatique espagnole, pays qui avec l'Italie sera le principal bénéficiaire des aides.

- Etat de droit -

Les Etats du sud craignent que cela ne les oblige à se soumettre à un programme de réformes (marché du travail, retraites...) imposé, comme à la Grèce par le passé.

Autre coup de pouce de Charles Michel pour vaincre les résistances: il propose d'accroître certains "rabais" accordés aux pays qui versent davantage d'argent au budget de l'UE qu'ils n'en reçoivent.

Ce serait le cas pour Vienne, Copenhague et Stockholm --mais pas La Haye ni Berlin.

Outre ces sujets délicats, d'autres promettent encore de peser sur les discussions, en particulier la question de lier le versement des aides européennes au respect de l'Etat de droit, qui hérisse Budapest et Varsovie, à peine abordée jusqu'à présent. Les Premiers ministres hongrois et polonais, Viktor Orban et Mateusz Morawiecki, ont chacun été reçus par Charles Michel dans l'après-midi.

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