Limitation des déplacements transfrontaliers, accélération de la vaccination, mise en place d'un certificat commun : les Vingt-Sept de l'UE réunis virtuellement en sommet jeudi tentaient de coordonner leurs mesures contre la pandémie face à la menace des nouveaux variants.

L'agence européenne chargée des épidémies (ECDC), qui a relevé son évaluation des risques sanitaires liés à ces variants du coronavirus (britannique, sud-africain), plus contagieux, a appelé les dirigeants européens à se tenir prêts à prendre des mesures "plus strictes" dans les "semaines à venir". Elle a notamment estimé que "les voyages non essentiels devaient être évités".

Plusieurs pays ont déjà durci les restrictions ces derniers jours, comme l'Allemagne mardi. Les Pays-Bas ont annoncé jeudi soir un couvre-feu à partir de 21h00, le Portugal une fermeture de ses écoles.

Les dirigeants discutent de restrictions de déplacements supplémentaires, tout en s'efforçant de préserver le fonctionnement du marché intérieur, le transport de marchandises et le quotidien des travailleurs transfrontaliers.

Le Premier ministre belge Alexander De Croo veut une interdiction provisoire des "voyages non essentiels", redoutant un bond des contaminations au retour des vacances de février.

La chancelière allemande Angela Merkel prône une harmonisation entre les Etats pour éviter une fermeture des frontières, une mesure de "dernier recours". "Si un pays où l'incidence (du virus) est deux fois plus élevée que celle de l'Allemagne ouvre tous ses magasins et que nous les gardons fermés, il y a un problème", a-t-elle expliqué.

- Reconnaissance des tests -

Berlin plaide aussi en faveur de "tests obligatoires" pour les voyageurs transfrontaliers, une proposition soutenue par Vienne. Paris prône des "contrôles sanitaires" aux frontières intra-européennes.

A la veille du sommet, les Européens étaient finalement parvenus à s'entendre sur une reconnaissance mutuelle des résultats des tests, à la fois PCR et antigéniques rapides, une avancée validée jeudi soir.

Pour détecter les mutations du coronavirus, la Commission européenne a exhorté les Etats de l'UE à accroître le séquençage, jugeant le niveau actuel insuffisant. Elle les a aussi appelés à accélérer la vaccination, en protégeant 70% de la population adulte avant la fin de l'été et 80% des membres du personnel de santé et des plus de 80 ans d'ici à mars.

Mais les Vingt-Sept doivent répondre à ces objectifs ambitieux, au moment où des retards de livraison du vaccin de Pfizer-BioNTech -l'un des deux autorisés dans l'UE-, ont conduit plusieurs pays à ralentir leur calendrier initial.

L'annonce inopinée du laboratoire a provoqué la colère des Européens. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen avait obtenu la semaine dernière du groupe américain l'assurance que toutes les doses promises pour le premier trimestre seraient livrées à cette échéance.

Outre Pfizer-BioNTech, le vaccin Moderna est également autorisé dans l'UE et l'avis de l'Agence européenne des médicaments (EMA) sur celui d'AstraZeneca, déjà utilisé au Royaume-Uni, doit intervenir avant la fin du mois.

- Impatience -

Mme von der Leyen a dit attendre "pour bientôt Johnson&Johnson et Curevac", jugeant les objectifs de vaccination "réalisables en prenant en compte le nombre des doses qui vont arriver".

L'UE a au total signé six contrats pour des vaccins avec des laboratoires pharmaceutiques et est en discussion avec deux autres (Novavax et Valneva), pour plus de 2,5 milliards de doses potentielles.

Signe d'une impatience croissante, quatre pays -Autriche, Grèce, République tchèque et Danemark- ont écrit une lettre au président du Conseil européen Charles Michel pour réclamer que le processus d'approbation des vaccins par l'EMA soit plus rapide.

Athènes plaide aussi pour la mise en place d'un certificat "standardisé" de vaccination au sein de l'UE, une proposition discutée au sommet.

La Grèce souhaite sauver son industrie touristique, mais l'idée de se servir de ce certificat pour permettre aux personnes vaccinées de voyager suscite des réticences.

Les discussions sur un tel passeport vaccinal sont jugées prématurées par plusieurs pays comme la France et l'Allemagne, en raison de la faible proportion de la population vaccinée et des incertitudes entourant encore l'effet du vaccin sur la transmission du virus.

Le débat doit se concentrer sur la mise en place de normes communes pour ces certificats, afin d'en permettre une reconnaissance entre Etats membres.