Ukraine: Kiev craint une invasion russe et manifeste pour l'unité nationale

Publié le à Kiev (AFP)

La crainte de voir la Russie répéter dans l'est de l'Ukraine son opération en Crimée a éclaté au grand jour dimanche à Kiev devant des milliers de personnes venues soutenir l'unité nationale de leur pays dont les dernières bases militaires tombent dans la péninsule.

Les troupes du président russe Vladimir Poutine sont prêtes à attaquer l'Ukraine "à tout moment", a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï, du podium du Maïdan, la place de l'Indépendance dont il avait été "commandant" pendant le long bras de fer entre les contestataires et le président Viktor Ianoukovitch, aujourd'hui déchu.

"Le but de Poutine n'est pas la Crimée, mais toute l'Ukraine", a déclaré M. Paroubiï devant quelque cinq mille manifestants rassemblés sous un ciel bleu. "Dans l'imagination maniaque de Poutine, l'Ukraine doit faire partie de la Russie", a-t-il poursuivi.

Presque simultanément, le ministère russe de la Défense a déclaré dimanche que Moscou "respecte tous les accords internationaux sur la limitation des effectifs des troupes dans les régions frontalières de l'Ukraine".

Le rassemblement "pour l'unité nationale" sur le Maïdan a été convoqué pour répondre à l'agitation séparatiste dans l'Est et à la prise par les Russes des dernières bases ukrainiennes en Crimée.

Les deux questions sont intimement liées, comme l'a montré un "appel au peuple ukrainien" du Premier ministre de la Crimée, désormais rattachée à la Russie, à méditer l'exemple de la péninsule.

"Après le rattachement à notre grande patrie, la Russie, celle-ci ne risque plus de goûter à tous les +charmes+ du fameux +choix européen+", a affirmé Sergueï Axionov sur sa page Facebook.

Il donne une image apocalyptique des conséquences du volet économique de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE, à venir dans quelques mois : "impôts d'un montant élevé sans que cela soit justifiable, hausse des prix, et montée du chômage, l'âge de la retraite porté au-delà de l'espérance de vie moyenne".

- "Aventuriers et oligarques' -

"Je n'ai pas le droit de vous appeler à vous séparer de l'Ukraine !", poursuit M. Axionov. (...) Je vous appelle à vous opposer au choix fait à votre place par une poignée d'aventuriers politiques financés par les oligarques-compradores (...) à défendre vos droits et vos intérêts, une défense, j'en suis profondément convaincu, qui passe par une alliance étroite avec la Fédération de Russie, alliance politique, économique et culturelle".

Ces déclarations risquent d'être entendues par une partie des habitants de l'est de l'Ukraine. Samedi, quelque 4.000 personnes ont manifesté à Donetsk, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour de Viktor Ianoukovitch, l'enfant du pays.

Le même jour, des soldats d'élite russes tirant en l'air appuyés par des véhicules blindés ont pris une nouvelle base ukrainienne en Crimée, illustrant une fois de plus la détermination de Moscou face aux sanctions et aux efforts diplomatiques de l'Occident.

Cette démonstration de force a coïncidé avec les accusations de l'Allemagne, important partenaire économique de la Russie, qui lui a reproché de "scinder l'Europe", par la voix de son ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, en visite à Kiev.

Son homologue russe Sergueï Lavrov peut s'attendre à une nouvelle volée de bois vert quand il rencontrera le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Leur entretien, axé sur l'Ukraine, est prévu en marge du sommet de La Haye, convoqué par le président Barack Obama et qui se déroulera lundi et mardi.

Le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, invité à ce sommet, a finalement annulé son déplacement, expliquant dimanche en conseil des ministres qu'il devait achever lundi ses pourparlers avec une mission du Fonds monétaire international, qui se trouve depuis le 4 mars en Ukraine, celle-ci lui demandant au moins 15 milliards de dollars pour éviter la faillite.

Le FMI réclame à Kiev des mesures d'austérité et notamment une réduction des subventions sur les prix du gaz pour la population.

A entendre les manifestants du Maïdan, ils ne font que modérément confiance au gouvernement issu de leur mouvement.

"Le Maïdan doit continuer. Il faut encore plus surveiller ce gouvernement que celui de Ianoukovitch", a dit Anna Kassian, quadragénaire venue de Zaporojia.

"Tourtchinov et Iatseniouk sont arrivés au pouvoir grâce aux gens qui ont donné leur vie et leur santé. Eux, ils n'ont fait pour l'instant qu'abandonner la Crimée et nos marins à la merci des occupants".

Pour un autre manifestant, un soudeur de 32 ans de Kiev, Olexandre Jouraviel, "l'accord d'association avec l'Europe a été signé. C'est la seule chose qu'ait faite le nouveau pouvoir".

"Mais personne n'a puni les +Berkout+ (policiers antiémeute) qui frappaient les manifestants, personne n'a puni les membres de l'ancien gouvernement. Et le gouvernement trahit nos héros en Crimée", a-t-il dit à l'AFP.

- Maîtres du jeu -

Sur le terrain, dans cette péninsule, les forces russes, maîtres du jeu, continuent à avancer, prenant les unes après les autres les bases militaires ukrainiennes.

A Belbek, près de Sébastopol, des troupes d'élite russes et des milices pro-russes ont pris samedi le contrôle d'une base aérienne et arrêté son commandant, le colonel Iouliï Mamtchour.

Le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov, a exigé dimanche la libération immédiate de cet officier, menaçant de prendre des mesures de rétorsion.

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