Ulster: la garde à vue de Gerry Adams ravive les ressentiments contre la police

Publié le à Belfast (Royaume-Uni) (AFP)

Le leader républicain Gerry Adams entamait samedi une nouvelle journée en garde à vue à propos d'un meurtre de l'IRA, un interrogatoire qui ravive la colère dans le camp catholique contre la police, longtemps jugée sectaire mais aujourd'hui garante du fragile processus de paix.

Les enquêteurs qui tentent d'élucider l'enlèvement et le meurtre par l'IRA en 1972 d'une mère de 10 enfants, Jean McConville, l'un des pires crimes des trente ans du conflit nord-irlandais, ont désormais jusqu'à dimanche 20h00 (19h00 GMT) pour interroger Gerry Adams.

A l'issue de ce délai, la police devra inculper ou relâcher le président du Sinn Fein, qui s'est présenté mercredi soir au poste de police d'Antrim et dément vigoureusement toute implication dans ce crime.

Ce parti républicain, qui partage le pouvoir avec les protestants unionistes du DUP au sein du gouvernement biconfessionnel nord-irlandais, a dénoncé une "cabale" contre son leader et soupçonne de des "motivations politiques" en période de campagne pour les élections locales et européennes.

"La population que je représente est en colère et n'a pas de mots assez durs contre la police en ce moment", a dit à la BBC un responsable du Sinn Fein, Alex Maskey.

Dans le quartier catholique de Belfast ouest, une nouvelle fresque représentant Gerry Adams a été peinte sur un mur de Falls Road, à côté des mots "homme de paix, leader et visionnaire".

Le numéro deux du Sinn Fein, l'ancien commandant de l'IRA, Martin McGuinness, avait menacé vendredi en cas d'inculpation de Gerry Adams de "reconsidérer" son soutien à la police nord-irlandaise, élément-clé du processus de paix.

- "Motivations politiques" -

Alex Maskey a lui dénoncé "une petite partie des membres de la police qui ont des motivations politiques et une attitude hostile envers notre parti".

"La police a joué un rôle toxique dans notre société pendant de nombreuses années", a-t-il rappelé en référence à l'ancienne et très controversée "Royal Ulster Constabulary" (RUC), formée quasiment exclusivement de protestants et accusée de partialité pendant les "troubles". Elle a été remplacée après l'accord de paix par la "Police service of Northern Ireland" (PSNI), qui a recruté un grand nombre de policiers catholiques.

Mais le ministre nord-irlandais de la Justice, David Ford, a justifié l'arrestation de Gerry Adams, comme une mesure "complètement appropriée".

"J'ignore si Gerry Adams pensait vraiment qu'il allait arriver à l'unité de police d'Antrim chargée d'enquêter sur des crimes, avoir une petite discussion d'une demi-heure et repartir", a-t-il commenté. "Mais clairement, étant donné l'importance des inquiétudes exprimées, des informations qui, je le reconnais absolument, ne sont pas encore des preuves, il était complètement approprié que cela donne lieu à une procédure normale".

Il a aussi rejeté les accusations selon lesquelles la date choisie pour cette arrestation était politique, soulignant que Gerry Adams s'était rendu au poste de police "à la suite d'un accord".

L'affaire McConville a refait surface après que la police nord-irlandaise eut gagné en justice le droit d'accéder aux enregistrements de chercheurs de l'Université américaine de Boston.

Dans le cadre du "Belfast project", ces universitaires ont interviewé des paramilitaires catholiques républicains, à la condition de ne divulguer leurs propos qu'à titre posthume.

Dans l'un de ces entretiens, Dolours Price, condamnée à 7 ans de prison pour un attentat de l'IRA de 1973 contre le tribunal londonien d'Old Bailey, désigne Gerry Adams comme celui qui a ordonné le meurtre de Jean McConville.

Fin mars, Ivor Bell, un retraité de 77 ans ancien responsable de l'IRA, a été inculpé de complicité dans ce meurtre, qui a suscité cinq autres arrestations récemment.

Jean McConville, une veuve de 37 ans, avait été enlevée sous les yeux de ses enfants chez elle dans le quartier catholique de Belfast-ouest, par un commando de l'IRA en 1972, au paroxysme des "troubles".

L'IRA n'a admis le meurtre, d'une balle dans la nuque, qu'en 1999. Son cadavre enfoui sous une plage a été retrouvé quatre ans après et une enquête policière a démenti qu'elle était "une indicatrice" comme l'en accusait l'IRA.

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