Après une semaine folle à Marseille, le conseil municipal doit élire samedi un nouveau maire, dans une ambiance tendue, marquée par des tractations âpres autour de la sénatrice ex-PS Samia Ghali, et le départ théâtral des élus RN dès les premières minutes de la séance.

"Nous ne présenterons pas de candidat, nous ne participerons pas au vote (...), nous laissons les magouilleurs, les marchands de tapis et ceux qui confisquent la démocratie, nous vous laissons entre vous", a tonné le sénateur RN Stéphane Ravier après avoir pris la parole quelques instants avant le premier vote du conseil.

Auparavant, l'élu LR Lionel Royer-Perreaut s'était retiré.

Trois candidats se sont donc finalement présentés: Michèle Rubirola pour l'union de la gauche du Printemps marseillais, Guy Teissier pour LR, et la sénatrice Samia Ghali.

Cette dernière était directement dans le collimateur de M. Ravier: "La ville de Marseille est prise en otage par une élue qui ne représente que 2,89% des Marseillais", a-t-il fustigé après être sorti de l'hémicycle.

Dans son viseur, les négociations qui ont duré toute la semaine autour de la sénatrice des quartiers Nord, dont les 9 sièges sont essentiels pour décrocher une majorité.

La sénatrice ex-PS, réélue dimanche soir dans son fief des quartiers Nord de la ville, exigeait le poste de première adjointe pour prix de son soutien au Printemps marseillais. Demande sèchement refusée par la cheffe de file de l'union de la gauche et des écologistes Michèle Rubirola.

Depuis, le torchon brûle entre les deux camps, et Mme Ghali, après avoir dans la nuit revendiqué sa liberté de vote, a fustigé samedi matin les "oukases" de Mme Rubirola et de Benoît Payan, son porte-parole, lui aussi élu dimanche soir dans un secteur du centre-ville.

Malgré ses 38,3% des suffrages au second tour dimanche, loin devant les listes LR (30,8%), Michèle Rubirola, 63 ans, médecin dans des quartiers populaires et écologiste de la première heure, est loin d'être assurée d'être la première femme à la tête de la deuxième ville de France.

- "Pile ou face" -

Loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) oblige, l'élection se fait par secteurs. Et aucune majorité absolue n'est sortie des urnes: 42 élus pour le Printemps marseillais, 41 à droite en comptant les 2 sièges restant au dissident LR Bruno Gilles. Loin, donc, des 51 voix nécessaires, sur 101, pour conquérir l'hôtel de ville et sa vue imprenable sur le Vieux Port et la "Bonne Mère".

Mais tous ces calculs ont été bouleversés par le retrait des élus RN: la majorité absolue nécessaire pour élire le maire au deux premiers tours de scrutin ne concerne que les suffrages exprimés, soit 47 voix sans le RN, à supposer qu'il n'y ait aucune autre abstention.

En tout cas, l'échec apparent des négociations du Printemps marseillais avec Mme Ghali pourrait barrer la route définitivement à Mme Rubirola.

L'élu communiste Jean-Marc Coppola, membre du Printemps marseillais, s'est déclaré avant la séance "plutôt confiant", même s'il a reconnu ne pas pouvoir prédire "le degré d'inconscience de certains", une allusion à peine voilée à Samia Ghali et ses huit colistiers.

"Ce sera à pile ou face", a lâché de son côté Sophie Camard, une autre élue du Printemps Marseillais.

Côté Républicains, l'appui de Samia Ghali est également essentiel. Car eux aussi sont loin de la majorité absolue, et le retrait du Rassemblement national les prive d'éventuelles voix de ce côté -- une opportunité que tous leurs leaders avaient de toute façon écartée.

Pour les représenter, le parti, plombé par une campagne marquée par l'ouverture d'une enquête sur des soupçons de fraudes aux procurations, a changé son fusil d'épaule. Battue dans les 6e et 8e arrondissements, réputés imperdables pour la droite, Martine Vassal, dauphine désignée de Jean-Claude Gaudin, a cédé la place à Guy Teissier, 75 ans, vieux routier issu de la droite dure.

Avantage supplémentaire pour le député LR: prime au doyen oblige, il l'emporterait au troisième tour, disputé à la majorité relative, si deux candidats étaient à égalité...

Devant l'hôtel de ville, quelque 200 manifestants, en majorité des soutiens du Printemps marseillais, étaient rassemblés samedi matin. Sur leurs pancartes, "Michèle maire sont des mots qui vont très bien ensemble", "Ne nous laissons pas voler la victoire" ou "On veut des écoles rénovées, pas des fachos réchauffés".