Un an après l'imbroglio sur l'offre de rachat par Donald Trump du Groenland, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se rend au Danemark mercredi pour une visite axée sur la coopération dans l'Arctique sur fond de visées chinoises.

Après une première étape au Royaume-Uni mardi, le secrétaire d'Etat doit rencontrer la Première ministre danoise Mette Frederiksen puis son homologue Jeppe Kofod, qui a aussi invité les responsables des Affaires étrangères du Groenland et des îles Féroé, autre territoire autonome danois.

"Comme nous allons évoquer notre relation dans l'Arctique, mes collègues du Groenland et des Féroé doivent naturellement être assis à la table. J'attache une importance cruciale à cela", a souligné M. Kofod.

Considérant les Etats-Unis "comme son allié absolument le plus proche", selon les termes du ministre, le Danemark a affiché sa ligne atlantiste depuis 20 ans en envoyant des troupes sur les théâtres d'Afghanistan et d'Irak, et en participant à l'intervention militaire en Libye.

- Un rachat "absurde" ? -

Mais la très bonne entente a été troublée en août dernier par une offre très inattendue de rachat du Groenland, immense territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés au coeur de l'Arctique et atout stratégique indéniable du petit Danemark.

Provocation du chantre du "Make America Great Again" en quête d'un hypothétique 51e Etat? Ou signe du regain d'intérêt stratégique de l'Amérique pour l'Arctique, où son nouveau grand rival chinois pousse aussi ses pions?

La sortie du président américain avait peut-être exprimé un message plus complexe qu'il n'y paraît, selon des experts, alors que Washington s'était plutôt désintéressé du Groenland depuis la fin de la Guerre froide.

Mme Frederiksen avait qualifié d'"absurde" la proposition du locataire de la Maison Blanche. Ce dernier avait aussitôt annulé une visite d'Etat à Copenhague prévue en septembre, déplorant le ton "méchant" de la cheffe du gouvernement danois.

Quelques coups de téléphone avaient fait baisser la pression. Le 10 juin, les Etats-Unis, 67 ans après l'avoir fermé, ont rouvert un consulat à Nuuk, la capitale du Groenland, avec le feu vert de Copenhague. Et en avril, le gouvernement groenlandais a accepté 12,1 millions de dollars d'aides américaines pour des projets civils.

"Ce qu'on a dit dans le passé et ce qu'on fait aujourd'hui, ce sont deux choses différentes. Et ce qui compte, c'est ce qu'on dit aujourd'hui", a déclaré mardi soir le représentant groenlandais Steen Lynge.

Outre l'Arctique, la visite de M. Pompeo portera sur "les sujets d'intérêt commun comme la sécurité, le commerce ou la signification de la pandémie de Covid-19 sur la coopération internationale", selon l'hôte danois.

Il doit également rencontrer dans l'après-midi l'ancien secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen, le très atlantiste ex-Premier ministre danois.

Mike Pompeo a également remis sur le devant de la scène la semaine dernière un sujet des plus complexes pour la diplomatie danoise: celui du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne, honni par Washington car il risque d'accroître la dépendance de l'Europe au gaz russe.

L'ancien militaire et patron de la CIA a ouvert la voie en juillet à un durcissement des sanctions décidées quelques mois plus tôt par Donald Trump contre les entreprises associées au projet. Une ligne dénoncée avec force par Berlin, principal bénéficiaire de Nord Stream 2, et par l'Union européenne.

- Nord Stream 2 -

Dernier pays concerné à devoir donner son feu vert, le Danemark avait attendu fin octobre 2019 pour le faire.

Si Copenhague avait démenti toute pression ou ingérence étrangère, une source diplomatique avait relaté à l'AFP la difficulté pour le petit pays nordique à devoir ménager les intérêts de ses deux principaux alliés, les Etats-Unis et l'Allemagne, dans ce dossier sensible.

Les relations entre grandes puissances ont également dominé la visite de Mike Pompeo, mardi à Londres. Il a appelé le monde à tenir tête à la Chine après s'être entretenu à Londres avec le gouvernement britannique, en froid avec Pékin sur Hong Kong et sur l'exclusion du géant chinois Huawei du réseau 5G britannique.