Un an après l'imbroglio sur l'offre de rachat par Donald Trump du Groenland, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo est arrivé mercredi au Danemark pour une visite axée sur la coopération dans l'Arctique sur fond de visées chinoises.

Après une première étape au Royaume-Uni mardi, le secrétaire d'Etat, qui s'est posé vers 10H00 (08H00 GMT) à l'aéroport de Copenhague, doit rencontrer la Première ministre danoise Mette Frederiksen puis son homologue Jeppe Kofod, qui a aussi invité les responsables des Affaires étrangères du Groenland et des îles Féroé, autre territoire autonome danois.

"Comme nous allons évoquer notre relation dans l'Arctique, mes collègues du Groenland et des Féroé doivent naturellement être assis à la table. J'attache une importance cruciale à cela", a souligné M. Kofod.

Considérant les Etats-Unis "comme son allié absolument le plus proche", selon les termes du ministre, le Danemark a affiché sa ligne atlantiste depuis 20 ans en envoyant des troupes sur les théâtres d'Afghanistan et d'Irak, et en participant à l'intervention militaire en Libye.

- Un rachat "absurde" ? -

Mais la très bonne entente a été troublée en août dernier par une offre très inattendue de rachat du Groenland, immense territoire de plus de 2 millions de kilomètres carrés au coeur de l'Arctique et atout stratégique indéniable du petit Danemark.

Provocation du chantre du "Make America Great Again" en quête d'un improbable 51e Etat? Ou expression du regain d'intérêt stratégique de l'Amérique pour l'Arctique, où la Russie et le nouveau grand rival chinois poussent aussi leurs pions?

La sortie du président américain avait peut-être exprimé un message plus complexe qu'il n'y paraît, selon des experts, alors que Washington, qui possède sa base aérienne la plus septentrionale à Thule aux confins du nord du Groenland, s'était plutôt désintéressé du territoire arctique depuis la fin de la Guerre froide.

Dans un communiqué diffusé mardi soir, le Département d'Etat a souligné le rôle du Danemark et du Groenland dans l'Arctique, "particulièrement au moment où nous voyons une activité renforcée dans la région de la part de la Russie et de la Chine".

Mme Frederiksen avait qualifié d'"absurde" la proposition du locataire de la Maison Blanche. Ce dernier avait aussitôt annulé une visite d'Etat à Copenhague prévue en septembre 2019, déplorant le ton "méchant" de la cheffe du gouvernement danois.

Quelques coups de téléphone avaient fait baisser la pression. Le 10 juin, les Etats-Unis, 67 ans après l'avoir fermé, ont rouvert un consulat à Nuuk, la capitale du Groenland, avec le feu vert de Copenhague. Et en avril, le gouvernement groenlandais a accepté 12,1 millions de dollars d'aides américaines pour des projets civils.

"Ce qu'on a dit dans le passé et ce qu'on fait aujourd'hui, ce sont deux choses différentes. Et ce qui compte, c'est ce qu'on dit aujourd'hui", a déclaré mardi soir à l'AFP le représentant groenlandais Steen Lynge.

La semaine dernière, le proche de Donald Trump avait remis sur le devant de la scène un dossier épineux pour la diplomatie danoise: celui du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne, honni par Washington car il risque d'accroître la dépendance de l'Europe au gaz russe.

L'ancien patron de la CIA a ouvert la voie en juillet à un durcissement des sanctions décidées en décembre par Donald Trump contre les entreprises associées au projet. Une ligne dénoncée avec force par l'UE et Berlin, principal bénéficiaire du gazoduc.

- Nord Stream 2 -

Dernier pays concerné à devoir donner son feu vert, le Danemark avait attendu fin octobre 2019 pour le faire.

Si Copenhague avait démenti toute pression étrangère, une source diplomatique avait relaté à l'AFP la difficulté pour le petit pays nordique de ménager les intérêts contradictoires de ses deux principaux alliés, les Etats-Unis et l'Allemagne.

Les relations entre grandes puissances avaient également dominé la visite de Mike Pompeo, mardi à Londres. Il a appelé le monde à tenir tête à la Chine après s'être entretenu avec le gouvernement britannique, en froid avec Pékin sur Hong Kong et sur l'exclusion du géant chinois Huawei du réseau 5G britannique.